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L’Italie et l’Europe: la confrontation est-elle inéluctable?

OPINION. Le gouvernement eurosceptique en Italie s’oppose à Bruxelles sur l’immigration. Mais c’est en matière économique que le choc est programmé, écrit notre chroniqueur Charles Wyplosz

Tout semble prêt pour un conflit ouvert entre l’Italie et ses partenaires européens. Les partis politiques qui ont formé le gouvernement après les élections sont ouvertement eurosceptiques. Ils ne veulent plus accueillir de réfugiés sans un accord pour les répartir ensuite dans toute l’Union. Ils comptent mettre un terme à la discipline budgétaire qu’ils considèrent imposée par Bruxelles. Autant de lignes rouges pour les Européens.

A priori, on pourrait penser que le terrain le plus propice à une confrontation est celui de l’immigration. Comme la plupart des autres Européens, les Italiens sont majoritairement inquiets des vagues migratoires, mais ils sont, eux, en première ligne pour les flux en provenance d’Afrique. Les Accords de Schengen stipulent que, une fois arrivés en Italie, les migrants devraient pouvoir aller librement là où ils veulent, sauf que de nombreux pays signataires ont suspendu l’accord sur une base juridique des plus fragiles. Les Italiens sont donc fondés de déplorer le manque de solidarité de leurs partenaires. Certes, mais les autres gouvernements ont des marges de manœuvre politiques quasi inexistantes, comme on le voit avec la chute de popularité d’Angela Merkel.

Le problème, c’est l’économie

La solution officiellement partagée est de stopper les immigrants dans les pays tiers. En fait, les précédents gouvernements italiens ont été précurseurs en la matière et ont rencontré des succès importants. Le flux actuel d’immigrés (enregistrés) n’est plus qu’une petite fraction de ce qu’il a été en 2015-2016. Le défi, désormais, est donc moins de surveiller les frontières que de répartir et intégrer les immigrants arrivés les années précédentes. Les yeux rivés sur les nouveaux arrivants, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et homme fort du gouvernement, se trompe de combat. Il se concentre sur un problème dont la solution est consensuelle, et déjà en partie mise en place. Il évite le sujet brûlant de la répartition des immigrants arrivés de longue date. Ses déclarations péremptoires et provocatrices donnent l’illusion d’une lutte héroïque qui plaît à son électorat, mais elles n’annoncent pas un profond conflit avec ses partenaires, qui ont d’ailleurs tous le même problème politique.

Déjà, durant l’été, le taux auquel le gouvernement emprunte a augmenté et il pourrait grimper très vite, très haut.

Sur les questions économiques, le conflit semble plus profond. L’accord de coalition inclut un certain nombre de mesures qui sont aux antipodes des prescriptions de la Commission. Le gouvernement a déjà largement défait la réforme la plus sérieuse accomplie par le bouillant Matteo Renzi, le «Job Acts», qui avait un peu plus fluidifié le très rigide marché du travail italien (pour cela, il avait rendu les licenciements moins coûteux et il avait lié les allocations chômage à la durée d’emploi précédent). Le gouvernement envisage aussi d’abaisser l’âge de départ à la retraite, revenant ainsi sur une réforme précédente. Ces mesures vont irriter la Commission et de nombreux gouvernements parce qu’elles vont dans le sens contraire de ce qu’ils considèrent comme nécessaire pour lutter contre le chômage et doper la croissance. De plus, la promesse d’un revenu universel important, d’une baisse de l’impôt sur le revenu (qui ne comporterait plus qu’un taux unique) et de l’annulation d’une hausse de la TVA prévue par le précédent gouvernement devrait aggraver le déficit budgétaire.

En attendant le budget

Avec une dette publique de 131% du PIB, la deuxième la plus élevée en Europe après celle de la Grèce, de telles mesures garantissent une réaction outragée de la Commission. Elles sont cependant populaires, d’autant plus que le gouvernement s’est engagé à mettre fin à l’austérité, vécue en Italie – et dans bien d’autres pays – comme un assaut technocratique contre les petites gens. Provoquer la Commission est donc bien tentant, mais il faut compter avec les marchés financiers. Laisser filer le déficit budgétaire signifie emprunter plus. Or les marchés financiers pensent qu’alourdir la dette est dangereux et, de plus, que le détricotage des réformes précédentes ne peut qu’aggraver la situation. Déjà, durant l’été, le taux auquel le gouvernement emprunte a augmenté et il pourrait grimper très vite, très haut. Défier la Commission et les pays du Nord est politiquement très attractif, mais financièrement coûteux et même dangereux. D’ici à la fin du mois, le gouvernement doit annoncer son prochain budget. Nous verrons alors quelles sont ses intentions.


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