La victoire de Giorgia Meloni et de son parti Fratelli d’Italia, allié de la Ligue de l’europhobe Matteo Salvini et de Forza Italia du has been Silvio Berlusconi, pose beaucoup de questions. Elle consacre un populisme qui a déjà fait florès dans nombre de démocraties. Quatre ans après le succès fracassant du Mouvement 5 étoiles, c’est une droite radicale, populiste, conservatrice et nationaliste qui prend le pouvoir.

Malgré la phase rassurante et stable du gouvernement d’union nationale de Mario Draghi, le malaise des Italiens face à l’avenir, à l’inflation galopante et à la crise énergétique s’est traduit en un rejet sec des élites. L’abstentionnisme record enregistré aux législatives constitue une nouvelle preuve de la difficulté croissante qu’ont les démocraties à convaincre de la nécessité de l’engagement citoyen. Giorgia Meloni, qui va sans doute devenir la première femme à accéder au poste de présidente du Conseil, a su capitaliser sur le désarroi ambiant en insufflant un nouveau nationalisme qui a fait recette.

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Le virage à droite de l’Italie ne peut toutefois être mis sur le même plan que l’extrême droite suédoise, celles de Marine Le Pen ou de l’Alternative pour l’Allemagne, dont les scores ne cessent d’augmenter. Avec Meloni, l’Italie va peut-être basculer dans une ère populiste dangereuse à l’heure où elle fait face à des échéances capitales. Mais elle ne va pas basculer dans le fascisme un siècle après qu’il y a vu le jour. Meloni s’inspire davantage de Trump que de Mussolini. Les poids et contrepoids ainsi que sept décennies d’expérience démocratique assurent la solidité institutionnelle de l’Italie.

Une épée de Damoclès

Deux interrogations majeures demeurent néanmoins. Quelle sera la politique de Rome envers Bruxelles? Membre fondateur de l’UE, l’Italie bénéficie d’un plan de relance européen sans précédent: plus de 200 milliards d’euros. Mais cette manne n’enlève rien au sentiment de ne pas être traitée de façon équitable par les poids lourds de l’UE que sont la France et l’Allemagne. L’échec du régime de Dublin, qui a laissé bien souvent Rome gérer seul les flux migratoires, continue d’alimenter de fortes frustrations envers l’UE.

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La seconde question touche à la future coalition gouvernementale. Elle sera non seulement fragile et divisée sur certains thèmes – Meloni est anti-russe, Salvini pro-Poutine –, mais devra aussi prouver qu’elle a les compétences nécessaires pour diriger le pays. Le Mouvement 5 étoiles a montré que populisme et compétences ne font pas toujours bon ménage. Après Mario Draghi, le gouvernement Meloni devra aussi convaincre les marchés. Une gageure. Avec une dette de 2700 milliards d’euros, l’Italie demeure fragile. Une épée de Damoclès pour Rome et pour l’Europe.


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