Parmi les débats qui agitent les opinions européennes, il en est un qui ne date pas d’hier, mais d’avant-hier: celui sur la légalisation du cannabis. Le voici qui fait surface aujourd’hui dans un pays jusque-là plutôt coincé sur la question: l’Italie. A une différence près: dans un mouvement de synthèse inédit à ce jour, les Italiens ont décidé d’embrasser toute la question, de la production à la fiscalisation, en passant par l’usage et la dépénalisation.

La Toscane met la pression

Fin juillet, le parlement de la Péninsule s’est écharpé sur la question. Cette semaine, c’est la Toscane qui remet la pression sur le débat en préconisant la légalisation pure et simple de la substance psychotrope, comme nous l’apprenent une foultitude de petits sites online régionaux italiens. Ainsi, Stamp Toscana, «The news community in Tuscany», titre: «Cannabis, la Toscane appuie la légalisation en étant favorable à sa consommation et à sa culture.»

Analyse du site: «La Toscane confirme ainsi sa volonté politique de parvenir à une légalisation des drogues dites douces via deux motions historiques et significatives, mais avec un débat politique qui demeure enflammé sur des positions antagonistes sur le plan de l’argumentation.»

Les arguments des «pour»

Des arguments, il n’en n’a visiblement pas manqué aux groupes politiques (plutôt à gauche) qui soutiennent la légalisation et qui espèrent tous qu’un mouvement résolu dans ce sens aurait des effets bien plus positifs que négatifs (même s’ils n’occultent pas les impacts négatifs): ils songent ici, comme s’en fait l’écho Stamp Toscana, aux ressources et à l’énergie que l’on pourrait ainsi dégager en termes d’effectifs policiers, judiciaires et pénitentiaires, toutes catégories de métier occupées aujourd’hui à s’époumoner dans la lutte contre le trafic de cette sorte de stupéfiants.

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Cela couperait aussi les algues sous les tentacules redoutables de la pieuvre mafieuse. Sans parler – l’expérience de certains Etats d'Amérique du Nord commence à résonner avec insistance – des recettes fiscales que les gouvernements pourraient créer en traitant en l’espèce le cannabis comme le tabac.

Les arguments du centre

Au centre, l’enthousiasme pour la légalisation n’est pas encore acquis, au motif que les impacts sur la santé demeurent trop négatifs. En particulier chez les jeunes. Mais on reste ouvert, dans ce camp-ci, à un usage dit thérapeutique et surtout, on aimerait bien revisiter pour la dépoussiérer, la loi. Aussi y va-t-on de sa propre motion, plus précautionneuse.

Quant à la droite et à la droite de la droite, c’est l’apoplexie: la Ligue du Nord s’oppose de toutes ses forces. Sans parvenir néanmoins à endiguer le mouvement initié à gauche et au centre.

Si bien qu’au final, comme le souligne Firenze Today, «la Toscane se range du côté de la légalisation». Une initiative destinée surtout à accélérer dans cette direction le débat national italien qui a déchiré les partis à Rome la semaine dernière: sur le même sujet, avec les mêmes arguments, les mêmes passes d’arme mais, pour l’heure, un blocage, comme nous l’ont appris les quotidiens de la Péninsule. Les discussions sur le sujet devant reprendre en septembre.

Un débat pionnier

Le Monde pointe, quant à lui, toute l’importance de ce débat: «Le Parlement italien étudie depuis lundi 25 juillet un projet de loi, porté par 218 parlementaires, sur la légalisation de la consommation, de la détention et de l’autoproduction de cannabis. S’il était adopté, l’Italie deviendrait le premier pays de l’Union européenne à franchir ce pas qui fait beaucoup débattre ailleurs.» On lira d’ailleurs avec beaucoup d’intérêt la synthèse que le journaliste Romain Damian a rédigée à l’occasion de ce début de débat: il fait le point sur toutes les positions et toutes les études qui ont cours en la matière.

Les chances d’aboutir en Italie

Retour à l’Italie et à sa discussion pionnière par son ampleur. Les esprits, et surtout les tactiques des partis évolueront-ils d’ici-là? L’ancien rédacteur en chef de «National Geographic Italia», Guglielmo Pepe résume l’état de la question intérieure italienne dans son blog sur La Repubblica en pointant un paradoxe qui nous introduit dans la logique ternaire: «Aujourd’hui le front pour la légalisation n’est plus une minorité. Mais il réussira difficilement à devenir une majorité, principalement à cause des contradictions internes au parti du centre Pd.» En cause, dans le parti de Matteo Renzi et parmi ses alliés: la mouvance catholique qui n’encaisse pas, mais pas du tout, les propositions de loi en faveur de la légalisation.

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