A Pully, il vient de s’achever la construction d’un immeuble de trois étages et 300 m2 par étage. Il pourrait confortablement accueillir neuf familles, mais il n’y a qu’un appartement par étage. On peut s’interroger sur le degré d’utilisation des 300 m2 de ces logements. Il est fort probable que la plupart des lits seront «froids» la majorité du temps. Un tel projet participe au bétonnage de la Suisse et indirectement à l’étalement urbain que veut combattre l’initiative «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», même s’il ne s’agit pas à proprement parler de résidences secondaires.

44 m2 à soi

Cet exemple n’est de loin pas isolé. Entre 1960 et 2000, la taille moyenne des ménages a baissé de 3,4 à 2,3 personnes tandis que la taille moyenne des logements qu’ils occupent n’a cessé d’augmenter. Résultat: alors que nos parents se contentaient encore de 27 m2 par personne en 1960, nous avons pris l’habitude de disposer de 44 m2 en 2000. Il n’y a pas de données nationales plus récentes mais la tendance est clairement à la hausse, renforcée par la progression des logements destinés à la propriété (2/3 des logements construits depuis 2000). En 2000 déjà, les ménages propriétaires de leur logement occupaient 50 m2 par personne contre 39 m2 pour les locataires. C’est le reflet de revenus plus élevés, mais pas seulement. Nos compatriotes associent clairement l’accession à la propriété avec une augmentation de confort, concrètement plus de m2 et souvent une maison individuelle (30% des logements construits depuis 2000).

Les logements plus confortables coûtent plus cher, on doit donc épargner plus longtemps, voire renoncer à la propriété jugée trop chère. C’est là qu’interviennent les deux initiatives en faveur de l’épargne-logement. On peut discuter de l’utilité de subventionner fiscalement l’accession à la propriété, mais il est certainement difficile de justifier des subventions utilisées pour augmenter son confort résidentiel et accéder à 50 m2 par personne ou bien plus. L’analyse de l’aide fédérale au milieu des années 1990 a montré que la moitié environ des ménages qui en avaient profité pour accéder à la propriété n’en auraient pas eu besoin. Ils l’ont utilisée pour acheter des logements plus coûteux. Les subventions à l’épargne-logement pourraient produire les mêmes effets: pousser à acheter des logements encore plus confortables, faire encore plus monter les prix immobiliers et multiplier les «lits froids» dans nos villes et nos campagnes.

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