«La Suisse fait tout juste, et c’est la méchante UE qui nous empêche d’avancer pour sortir de l’impasse actuelle.» Succinctement résumé, tel est l’esprit du message qu’a fait passer dans la NZZ la secrétaire d’Etat Livia Leu, qui est aussi négociatrice en chef dans le dossier hautement sensible de la voie bilatérale avec Bruxelles.

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Cette interview est d’une maladresse insigne, et même indigne de la carrière de cette diplomate de haut rang qui n’avait jamais déçu depuis qu’elle est entrée au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) voici trente-trois ans. Cheffe de la division Afrique/Moyen-Orient, première femme ambassadrice en Iran – avec les félicitations de Micheline Calmy-Rey et même d’Hillary Clinton –, puis à Paris, ses compétences et sa personnalité avaient jusqu’ici fait l’unanimité: «C’est une diplomate solide, efficace et loyale, qui exerce son autorité avec naturel», disait-on.

En reprenant en octobre 2020 celui qu’on qualifie parfois de «poste le plus difficile à Berne», Livia Leu savait qu’elle s’aventurait en terrain miné. Il l’est encore plus que prévu et son bilan après deux ans est médiocre. Dans un premier temps, elle devait finaliser l’accord-cadre avec l’UE en clarifiant les trois points de divergences, dont la question sensible de la protection des salaires suisses: échec sur toute la ligne en mai 2021 lorsque le Conseil fédéral a mis fin à l’exercice!

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Aujourd’hui, elle doit relancer le dialogue avec Bruxelles. Non seulement elle n’y parvient pas, mais elle accorde une interview dans laquelle elle se plaint de l’attitude inflexible et non coopérative de l’UE. Elle réussit ainsi à fâcher à la fois le principal partenaire commercial de la Suisse et tous les élus qui se battent en Suisse pour éviter l’érosion de la voie bilatérale. Parmi ces derniers, certains se demandent déjà si sa nomination n’a pas été une «erreur de casting», tant sa crédibilité est désormais entachée.

Il est pourtant trop tôt pour répondre à cette question. Parce qu’il est fort possible que Livia Leu soit victime de sa loyauté envers son chef Ignazio Cassis, mais aussi envers l’ensemble du Conseil fédéral, dont tout le monde sait qu’il ne veut pas faire avancer le dossier européen avant les prochaines élections fédérales.

Rapidement, Livia Leu devra pourtant choisir: ou elle continue à travailler à un accord avec Bruxelles en réclamant des coudées plus franches au Conseil fédéral, ou elle doit démissionner. Se lamenter n’est pas une option.

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