L’Allemagne est à la veille d’une décision qui transformera son statut d’Etat pivot de l’Europe. Il y a en effet peu de doutes que d’ici quelques semaines ou quelques mois des chars Leopard de fabrication allemande renforceront la capacité militaire de Kiev. Berlin se retrouvera dès lors non seulement en position de poids lourd économique et politique du continent, ce qu’il est déjà, mais de facto comme un acteur dominant de la sécurité européenne, un rôle qu’il s’était interdit depuis la Seconde Guerre mondiale en raison de son passé criminel.

Nouvelle étape dans la guerre

Car ne nous y trompons pas. La livraison de ces chars à Kiev marque une nouvelle étape dans la guerre. Les alliés de l’Ukraine franchiront ainsi une ligne rouge qu’ils avaient jusque-là scrupuleusement respectée: ne pas fournir d’armes offensives. Les Leopard, quoi qu’on en dise, sont de cet ordre. Et Vladimir Poutine ne se privera pas de le souligner, brandissant le spectre de contre-mesures, y compris nucléaires, afin de susciter la terreur et la division en Europe.

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Une fois que ces chars seront sur le terrain, l’Allemagne sera sous pression constante pour assurer leur bon fonctionnement, car ils pourraient s’avérer tout aussi cruciaux que les Himars américains dans le sort du conflit. Berlin fournit certes déjà des armes à l’Ukraine, mais la livraison des Leopard, directement ou indirectement, lui fait ainsi craindre un engrenage difficile à maîtriser. Les réticences devant ce saut dans l’inconnu sont parfaitement légitimes. L’exigence des autorités allemandes de coordonner leur feu vert avec des gestes similaires des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne ne masque pas un manque de courage. Elle souligne plutôt une fois de plus leur souci de ne pas éveiller par des actes unilatéraux de vieux ressentiments.

La Russie, seule responsable d’une escalade

En armant ainsi l’Ukraine, l’Allemagne prend donc un risque, celui de participer à un durcissement du conflit après avoir échoué dans ses tentatives de l’apaiser. Une chose est toutefois certaine: si escalade il y a, elle est du seul fait de l’agresseur de l’Ukraine – et, à travers elle, du continent européen – à savoir la Russie. Quant à l’Allemagne, elle fait preuve cette fois-ci de responsabilité envers la sécurité, l’unité et, en définitive, la paix du continent.

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