Commentaire 

Livre sur Jacqueline de Quattro: une inquiétante censure 

OPINION. En prolongeant l'interdiction d'un pamphlet contre la candidate au Conseil national, la justice vaudoise encourage la propension des hommes et femmes politiques à porter plainte contre les écrits qui ne les caressent pas dans le sens du poil

C’est une décision préoccupante pour la liberté d’expression que vient de prendre le Tribunal de l’Est vaudois. En validant les mesures provisionnelles réclamées par la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro contre un livre qui la concerne, la justice prolonge son interdiction, en vigueur depuis plusieurs semaines déjà.

L’ouvrage signé par Fabien Dunand a pour objectif évident de dénigrer la magistrate. Il cherche par un examen pointilleux de ses actions et déclarations publiques à épingler leurs contradictions, leur inefficacité ou leurs ridicules. Ce portrait au vitriol est porté par une mauvaise foi manifeste, qui pourrait sans doute être appliquée à nombre des ministres en exercice. Cela justifie-t-il de l’interdire? Ce livre ne contient ni révélations de gorges profondes ni même nouveautés: tout, articles de presse, comptes-rendus de séances ou déclarations de l’intéressée sur les réseaux sociaux, est déjà public.

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Confrontée à un contenu difficilement attaquable, la conseillère d’Etat PLR a donc attaqué la couverture. Celle-ci pourrait induire le lecteur en erreur, lui faisant croire que cette démolition en règle aurait été réalisée avec le consentement de la principale intéressée. Le titre du livre renvoie certes aux entretiens complices que François Hollande avait eus avec des journalistes vers la fin de son mandat. Mais il suffit de l’ouvrir pour comprendre qu’il n’en est rien. Ce que Mme de Quattro qualifie de tromperie ressort du second degré voire de l’humour, appartient en tous les cas au genre du pamphlet, avec sa virulence, ses exagérations et ses injustices.

Grave et rare en soi, la décision d’interdire sous d’aussi minces prétextes un ouvrage sur un personnage public interpelle. Elle doit certes être confirmée sur le fond, mais, en attendant, la censure est à l’œuvre, alors même que la politicienne vaudoise est candidate au Conseil national et devrait donc être à même de faire face à la critique. De plus, la fâcheuse décision du Tribunal de Vevey ne peut qu’encourager la propension croissante des hommes et femmes politiques à porter plainte contre les écrits qui ne les caressent pas dans le sens du poil.

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