Revue de presse

Le livre le plus cher jamais vendu aux enchères

Premier ouvrage imprimé sur ce qui allait devenir le territoire américain, une édition du «Bay Psalm Book» de 1640 a été adjugée 14 millions de dollars à New York. Derrière ce trésor éditorial se cache la grande saga de l’indépendance américaine vis-à-vis de l’Angleterre et de l’Eglise anglicane

Quatorze millions de dollars déboursés juste avant Thanksgiving! C’est cette jolie somme que le milliardaire et philanthrope américain David Rubenstein a dépensée pour s’offrir… un livre. Mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’un psautier datant de 1640, «devenu mardi le livre le plus cher jamais vendu aux enchères». L’acquéreur est le cofondateur du groupe Carlyle, société de capital-investissement, qui en a pris possession lors d’une vente dite «spirituelle», ce mardi à New York. Action de grâces…

Ce record constitue une fierté pour la maison d’enchères Sotheby’s, qui conforte sa position sur le segment de la vente de livres. David Rubenstein avait déjà acheté la fameuse Magna Carta en 2007 pour cette raison qui lui tient à cœur: pour «que les Américains comprennent la signification de leur héritage», a dit le commissaire-priseur. Notamment sur le terrain des plus anciens témoignages du processus historique qui a conduit aux règles constitutionnelles et aux confessions religieuses du Nouveau Monde.

A Cambridge, Massachusetts

Cette très rare édition du Bay Psalm Book, lit-on sur le site d’Europe 1, a été imprimée en 1640 à Cambridge, dans la colonie de la baie du Massachusetts, au nord-est des Etats-Unis, a précisé la maison Sotheby’s. Celle-ci avait livré une estimation un peu supérieure: entre 15 et 30 millions de dollars. C’est une rareté – quoique d’assez mauvaise qualité typographique et linguistique – puisque la sortie de l’ouvrage en 1700 exemplaires date de seulement deux ans après l’importation de la première presse de Londres en Nouvelle-Angleterre. A l’époque, cela représentait une avancée considérable pour la colonie.

Ce livre à la reliure dorée et aux pages brunies – intégralement consultable en ligne – a été «vendu pour rénover une église». Il appartenait jusqu’alors à une paroisse de Boston qui est un véritable monument historique national américain, la Old South Church, qui entend ainsi financer sa rénovation et renforcer ses programmes sociaux. Elle possède «deux exemplaires de cette première édition» et entend évidemment – on la comprend – «garder le second». Elle abrite la congrégation de l’Eglise unie du Christ, une confession protestante américaine. C’est notamment là qu’a été baptisé Benjamin Franklin et que les premiers meetings eurent lieu, qui ont mené à la constitution du Tea Party.

Proche de l’hébreu originel

Au XVIIe siècle, explique le site ActuaLitté, qui a traduit en français une partie des informations fournies par le Guardian, «le projet de John Cotton, Richard Mather et John Eliot, récents immigrés, était de réaliser un ouvrage qui soit plus respectueux encore que la Bible du roi Jacques vis-à-vis du texte hébreu originel. Pour sa réalisation, un migrant britannique aurait levé des fonds en Hollande et en Angleterre. Un serrurier fut engagé pour traverser, avec son fils, l’Atlantique et aller chercher le matériel destiné à l’impression. Le colon britannique ne survécut pas au voyage, mais son projet put bel et bien voir le jour.»

«Très pieuse», nous apprend La Croix, la congrégation de la baie du Massachusetts «a usé ces livres jusqu’à la corde, donc très peu ont survécu», explique à la BBC Derick Dreher, directeur du Rosenbach Museum and Library, l’une des rares institutions à en avoir une copie. Ce psautier «n’a pas été imprimé pour son contenu, ou pour être beau d’une manière ou d’une autre», dit-il. «Sa qualité générale est assez médiocre, de l’aveu même des auteurs de sa traduction, qui écrivent dans la préface qu’ils avaient «recherché la conscience plutôt que l’élégance, la fidélité plutôt que la poésie.»

Mais il «a une valeur historique et symbolique très importante. Bien que la congrégation religieuse de la baie du Massachusetts n’eût pas d’idées indépendantistes ou démocratiques, son esprit pionnier et sa quête de liberté s’inscrivent dans l’histoire de l’indépendance américaine. «Avec lui, la Nouvelle-Angleterre a déclaré son indépendance vis-à-vis de l’Eglise d’Angleterre», selon Sotheby’s.

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