Avant 1983, aucun attentat terroriste n'avait causé la mort de plus de 100 personnes. Ce seuil a été franchi pour la première fois cette année-là, avec le double attentat du hezbollah à Beyrouth contre les forces américaines (241 morts) et françaises (58 morts). Le cap du millier de victimes a été franchi le 11 septembre 2001 avec les attentats de New York et Washington (2985 morts). L'unité de compte de la destruction terroriste est passée des dizaines aux centaines aux milliers en une vingtaine d'années.

Dorénavant, l'action terroriste se place sous le signe du «principe d'aggravation». Les barrières techniques et financières limitant l'accès de groupes ou d'individus à des moyens de destruction massive s'érodent. Même si des verrous demeurent, la synthèse de gaz puissants et l'acquisition de substances biologiques toxiques sont désormais à la portée de personnes qui pourraient vouloir s'en servir à des fins de destruction.

Les actes terroristes sont des actes de communication visant à influencer les comportements des populations. La qualité de la communication dans les suites immédiates d'un attentat est donc cruciale. Des erreurs contribueront à amplifier l'effet de déstabilisation, comme après l'attaque du 11 mars 2004 à Madrid (192 morts). De même, les réactions néerlandaises après le meurtre rituel du cinéaste Theo Van Gogh le 2 novembre 2004 ont mis à mal le modèle d'intégration dans ce pays qui héritait pourtant de quatre siècles de tolérance religieuse et politique.

A l'inverse, une communication politique maîtrisée peut grandement limiter les effets de terreur, comme ont réussi à le faire les autorités britanniques à l'occasion du quadruple attentat du 7juillet 2005 (52 victimes) et lors des tentatives de réédition du 21juillet.

Telles sont quelques-unes des réflexions générales de deux stratèges français, François Heisbourg et Jean-Luc Marret, dans un petit livre pratique sur la réalité du terrorisme, qui est la première édition d'une publication annuelle visant à faire le point sur le terrorisme en France dans l'année écoulée.

François Heisbourg, Jean-Luc Marret, Le Terrorisme en France aujourd'hui, Editions des Equateurs, 126 p.

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