Opinions

Livre politique. La peur de l'encerclement

Qui encercle qui aux marches de la Russie? Une revue fait le point.

Hérodote. Revue de géographie et de géopolitique. 2e trimestre 2008, No 129

Prémonition ou sens de l'observation? La revue Hérodote, en intitulant «Stratégies américaines aux marches de la Russie» sa livraison du 2e trimestre, ne pouvait mieux tomber. Car elle englobe plusieurs des phénomènes qui éclairent la violence de la riposte russe aux opérations menées par l'armée géorgienne en Abkhazie et en Ossétie du Sud, terres sous souveraineté de Tbilissi. Violence liée au sentiment d'encerclement que ressentent, à tort ou à raison, les dirigeants russes.

Les pays occidentaux, depuis 1991, n'ont cessé de s'intéresser aux marches de la Russie. Et si les révolutions de couleur - en Géorgie, en Ukraine, mais aussi en Serbie - ont connu une telle ampleur, c'est dû pour beaucoup à l'influence et à l'impulsion des ONG occidentales (dont celle de Georges Soros), qui se sont appliquées à valoriser, notamment chez les jeunes, démocratie et liberté. Ont-elles entraîné des changements radicaux dans le fonctionnement de ces ex-républiques soviétiques? Il est permis d'en douter. Mais le recours au soft power par ces organisations ne se réduit pas à la manipulation que prétend le Kremlin. L'étude conduite par Boris Petric montre aussi que le pouvoir local y a été mis au défi par le recours à la fois aux images et aux nouveaux moyens de communication: médias privés, radios, Internet... En participant à la construction de la légitimité du pouvoir, ces ONG, qui offrent de véritables programmes de formation, servent de vecteur à la promotion de la démocratie. Ce qui ne peut qu'inquiéter Moscou.

Autre volet de ce numéro, qui consacre des pages intéressantes aux révolutions médiatiques, à l'impasse de la révolution des roses en Géorgie ou à la stratégie américaine en Azerbaïdjan ou au Kirghizistan, ne pouvait manquer d'évoquer le durcissement croissant de l'attitude russe devant les avancées de l'OTAN à ses frontières. Attitude dont l'auteur de l'étude, Michel Guénec, situe l'origine dans l'histoire russe: visées économiques de la politique, vision impériale des relations internationales, peur de l'encerclement, régime autoritaire. Tandis que J.-S. Mongrenier passe en revue les positions du Kremlin sur la maîtrise des armements, autre lieu des menaces adressées au camp occidental par Vladimir Poutine.

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