Aborder de front les relations tendues entre l'islam et la société occidentale. Telle est l'ambition de ce livre en forme de dialogue entre Jacques Neirynck, écrivain et ancien chercheur, passionné par les questions qui touchent à la foi et à la culture chrétienne, et Tariq Ramadan, professeur de philosophie dans un collège de Genève et d'islamologie à l'Université de Fribourg.

Une incompréhension mutuelle règne depuis longtemps entre musulmans et Européens. Aux yeux des auteurs, elle n'a cessé de s'aggraver au cours de ces dernières années. Violence xénophobe et terrorisme contribuent à alimenter des préjugés tenaces entre les deux cultures. En Occident, les musulmans apparaissent comme un groupe inassimilable, bien que plusieurs millions d'entre eux vivent désormais sous nos latitudes.

Dans un tel contexte, il est urgent de revenir aux sources des fois chrétienne et musulmane, «puisque les affrontements se font au nom de religions concurrentes». Ces deux religions monothéistes, qui partagent, rappelons-le, le même Dieu, sont-elles à ce point opposées que seuls des conflits peuvent découler de leur rencontre? Que disent-elles face aux manifestations de violence aveugle?

L'opposition ne se situe pas tant entre deux religions qu'entre deux cultures, l'une, totalement sécularisée, où la transcendance n'occupe plus qu'un strapontin, l'autre, massivement croyante, où la foi en Dieu envahit tout le quotidien.

Le dialogue entre Tariq Ramadan et Jacques Neirynck, tous deux croyants engagés, contribue à réduire les principaux malentendus qui opposent les deux cultures. Comme souvent, c'est le fossé entre le texte et son application qui contribue à nourrir les préjugés. Les deux hommes rappellent donc tout d'abord le contexte de la constitution du Coran et les principes de la foi islamique, pour aborder ensuite la pratique de l'islam.

Puis ils en viennent aux sujets qui cristallisent l'incompréhension, voire l'intolérance occidentale. La question de la position de la femme dans l'islam est sans doute celle, avec le concept de djihad, traduit en français par guerre sainte, qui divise le plus les esprits. Dans de nombreux pays musulmans, le taux d'alphabétisation des femmes est nettement inférieur à celui des hommes. C'est inacceptable d'un point de vue islamique, souligne Tariq Ramadan, qui rappelle que les musulmanes ont le même droit à l'éducation que les musulmans. Il n'hésite pas à dire que «le modèle social et éducatif proposé par l'Arabie saoudite ou le modèle d'éducation mis sur pied par les talibans sont en opposition avec les principes de l'islam parce que, tous deux, dénient aux femmes l'accès à la connaissance alors que c'est un droit inaliénable: il faut dénoncer ces systèmes archaïques».

De même, Tariq Ramadan explique, dans un chapitre consacré au droit et à l'islam, que le texte coranique n'autorise pas à guerroyer à des fins prosélytes. Le Prophète dit: «Pas de contrainte en religion.» La guerre n'est autorisée qu'en cas de légitime défense.

Un livre, en somme, agréable à lire, et qui ne peut que contribuer à la construction du respect mutuel que se doivent musulmans et Occidentaux.

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