De la Corée du Nord nous parviennent des informations aussi parcellaires que stupéfiantes, sans que le lecteur ordinaire de la presse puisse toujours s'en faire une idée synthétique. En republiant, tout à fait actualisé, Corée du Nord Etat voyou, Pierre Rigoulot, rédacteur en chef des Cahiers d'histoire sociale, répond à ce besoin. En rappelant, dans ce petit ouvrage, comment la République populaire nord-coréenne, regardée en son temps comme une sorte de Roumanie asiatique, est devenue cet Etat kafkaïen qui, comme le dieu Uranus, dévore ses enfants.

Glanés et recueillis avec le temps, les détails que donne l'auteur sur le régime de Kim Jong-il sont si effarants que curieusement, nous serions tentés de ne pas savoir: goulags où l'on torture et on abrutit - ils compteraient quelque 100 à 150000 détenus - population réduite au silence et à l'asservissement, famines récurrentes, trafic de stupéfiants, puissance militaire doublée d'une collection impressionnante de missiles à moyenne et longue portée, armes nucléaires et biologiques: les chiffres ici font frémir, et c'est bien de ce pouvoir d'intimidation qu'use le régime ubuesque pour jouer au chat et à la souris avec ses partenaires: Chine, Etats-Unis, Russie, Japon, Corée du Sud.

Mais le pire n'est jamais sûr, et on lit avec le plus grand intérêt le chapitre consacré aux négociations à six, qui ont débuté en 2002. On voit apparaître une plus grande cohésion chez ses interlocuteurs depuis que le régime de Pyongyang a procédé, le 9 octobre 2006, à un nouvel essai nucléaire, rendant plus efficaces les mesures prises contre lui.

Pierre Rigoulot, «Corée du Nord Etat voyou», Buchet-Chastel, 144 p.

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