Le titre, en soi, est un indice. Cet ONG!, onomatopée de judoka, tient du volapük de bande dessinée. «Attention, on va s'amuser!» voilà le message. Reçu cinq sur cinq: le lecteur peut s'attendre à une charge contre les organisations non gouvernementales, ces groupements de toutes tailles et de toutes ambitions, qui tentent de répondre, sur toute la terre, aux manquements de la société, aux souffrances de la guerre ou aux catastrophes naturelles. Qui a pratiqué ces mêmes ONG a tôt fait de déceler – par-delà des dévouements parfois inusables et des engagements héroïques – des travers, des dérives et un langage codé. Une forme de snobisme aussi et des philosophies hasardeuses, tant d'organismes naissants se cherchant une place au soleil de la bienfaisance, en happant au passage les dons des bonnes gens.

Immanquablement concurrents d'autres groupes, eux aussi en quête permanente de fonds: «Charity Business», c'était, on s'en souvient, le titre d'un fameux essai des années 70.

L'auteur avait donc un bel os à ronger, et il ne s'est pas privé. La charge est grosse, et féroce la jubilation à démonter l'hypocrisie et le ridicule de comportements qui se pensent humanitaires. Il a choisi la fable – d'où le sous-titre «roman» – pour mieux illustrer le propos: la guerre que se livrent, dans une petite ville française, deux ONG abritées sous le même toit. Le récit est conduit par Julien, un garçon à demi-déficient, bègue en public, qui a trouvé sens à sa vie dans un organisme écologiste. La Foulée verte – c'est son nom – livre une bataille homérique contre ses voisins de palier – Enfance et vaccin, une ONG médicale, vite regardée comme rivale.

La bagarre est physique: elle s'ouvre sur des affiches déchirées, et finit par des viols, en passant par les portes forcées, les pneus crevés, des paliers inondés, des ascenseurs bloqués, des injures sonores. La rivalité sert de révélateur aux motivations douteuses de protagonistes, à leur machisme sans cesse renaissant, au féminisme qui se veut risible des femmes engagées dans l'action. A leur dévotion pour le chef, gourou écologiste, qui conserve comme un talisman une galette de mazout récupérée du naufrage de l'Exxon Valdez!

Empoignade de potaches donc, façon Guerre des Boutons, le jeu du langage en plus. Et il est essentiel, le langage, car sur le fond la charge est si excessive, et sous-tendue de poujadisme franchouillard qu'elle en devient sans importance. Restent la férocité du ton, cette allégresse dans le déroulement du scénario, la pose et l'emphase de ces faux culs de l'altruisme, traduits dans le sabir des collèges de banlieue. On a de la peine à résister: «Merci bio», répète Julien, le héros d'O.N.G.!, qui dit détester «dollar» et «Sam Sam Oncle». Ou s'échauffe: «Tu gaf gaf Enfance, mais gaf gaf fort!», dit-il.

A quand une BD d'O.N.G.!?

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