En juin 2002, la Faculté des lettres de l'Université de Genève organisait un colloque visant à rapprocher son département d'histoire de l'art de celui d'une cité voisine trop méconnue: Lyon. Le thème qui s'est logiquement imposé fut celui des relations et des affinités artistiques entre les deux villes depuis le XVIe siècle. Les éditions Georg ont eu la bonne idée d'en publier les résultats. Edité dans un format prestigieux et richement illustré, l'ouvrage démontre, à travers des études diverses touchant aussi bien l'édition ou la peinture que l'architecture, que la proximité géographique et le partage du Rhône ne sont pas les seuls liens entre les deux villes.

L'architecture nous montre parfaitement le développement urbanistique, économique et politique des deux cités. Par exemple, le règne de Calvin sur Genève se marque par un repli et par une grande austérité architecturale, au contraire de Lyon, demeurée catholique, dont témoignent ses édifices religieux. Au plan urbanistique, la richesse toujours plus grande des deux cités, liée principalement au fort développement du commerce et de la banque, se marque par la construction, à partir du XVIIIe siècle, d'hôtels particuliers et de bâtiments publics luxueux.

Cependant, ce qui marque finalement le plus leur relation, c'est l'influence prégnante, d'une troisième ville: Paris. C'est en effet toujours vers cette dernière, véritable capitale culturelle et pôle d'attraction, que se tournent les artistes et les architectes. Le voyage à Paris leur apparaît d'ailleurs comme incontournable. La métropole française constitue, en permanence, la référence. On peut le constater par la comparaison entre le portail du Collège de Genève, construit en 1561, qui répond au Louvre d'Henri II, dans le développement des hôtels particuliers à Genève au début du XVIIIe siècle, ou encore dans l'agencement des établissements bancaires à Lyon entre 1850 et 1930.

Si c'est l'influence parisienne qui marque le plus les affinités artistiques entre les deux villes, c'est aussi Paris qui les sépare. Leur rapport à la capitale française n'est pas du tout le même. Cela se marque clairement à partir du XIXe siècle. C'est à cette époque que les deux villes prennent véritablement conscience de l'importance de leur rôle au niveau régional. Mais, alors que le centralisme français étouffe l'ancienne capitale des Gaules en en faisant qu'une «grande ville de province», Genève, devenue helvétique et plus indépendante, va utiliser Paris comme contrepoids à la domination culturelle germanophone en Suisse. C'est peut-être cela qui explique que les Lyonnais connaissent bien mieux Genève que les Genevois ne connaissent Lyon.

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