Portée par les développements fulgurants de la technologie, l'information mondialisée, «au lieu de rapprocher les points de vue, est plus souvent un accélérateur des divergences d'interprétation. Tout simplement parce qu'on avait oublié l'hétérogénéité des récepteurs.» Gourou de la presse et des médias, Dominique Wolton met à mal, dans ce nouvel essai, l'idée d'un village planétaire et d'une langue unique de l'information, recevable (par le câble, par Internet, par les innombrables canaux de diffusion) par tous et partout.

Et même si les industries culturelles et de la communication continuent de ne voir en face d'elles que six milliards de consommateurs, ajoute-t-il, elles en oublient, dans leur précipitation, la résistance des cultures à une culture, à un langage, imposés et véhiculés par les médias. Elles négligent les différences de perception enfouies dans chaque culture, chez chaque individu.

Wolton fait donc réapparaître le facteur oublié, mais essentiel, de l'identité. Qui nous confronte à d'autres cultures, à d'autres modes de penser. Et plus on participe à une communication qui se prétend mondiale, plus on est amené à afficher sa propre identité. En rapetissant la planète, les médias modernes ne font que précipiter ce face-à-face.

L'auteur, pour répondre à la difficulté, propose donc un mode de cohabitation planétaire qui fait volontiers référence au «dialogue des cultures» initié par l'Unesco. Troisième pilier de la mondialisation, cette ambitieuse construction vise à rétablir – sans les errements, on le souhaite, du Nomic, l'ordre mondial de l'information, machin soviéto-tiers-mondiste conçu puis abandonné par l'Unesco il y a vingt ans – un art de vivre ensemble, évitant replis sur soi et soifs de vengeance. Formidable défi, inconcevable, à ses yeux, sans une politique planétaire, comparable, en grand, à celle que nombre d'Etats modernes sont amenés à conduire, en plus petit, à l'intérieur de leurs frontières.

Dans Critique de la mondialisation, Pierre de Senarclens, lui, refuse le caractère prétendument inéluctable des effets de l'expansion des marchés. Et il s'applique à faire mentir l'idée selon laquelle les Etats perdraient une partie essentielle de leur pouvoir au profit de la nébuleuse des échanges. Non seulement, note-t-il, les Etats de l'Ouest sont parvenus à conserver un contrôle sur leurs politiques sociales. Mais tout en cédant une part de leur autonomie à des organisations régionales – l'Union européenne par exemple – ces mêmes Etats érodent d'autant moins leur souveraineté qu'ils ont négocié leur adhésion pas à pas. Dans le même temps, l'auteur se montre très inquiet pour les Etats de la ceinture Sud de la planète, de plus en plus vulnérables aux effets des recettes néolibérales des grandes institutions financières. Et va jusqu'à estimer que la grande vague néolibérale pourrait, à terme, se réduire, devant les fractures sociales, les désordres formidables qu'elle engendre.

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