On le connaissait sous le doux nom de Festival del film Locarno, qu’il suffisait de prononcer, en roulant bien le «r» final, pour avoir une irrépressible envie de déguster un gelato en attendant la projection du soir sur la Piazza Grande. Mais désormais, il s’appelle Locarno Festival. C’est moins chantant, mais autrement plus efficace sur le marché international. Car à l’heure où s’ouvre mercredi prochain sa 70e édition, le Locarno Festival, donc, est un rendez-vous qui compte. En Europe, il se classe sans conteste au quatrième rang après ceux de Cannes, Venise et Berlin. Et à l’échelle du monde, il fait indéniablement partie du top 10 des manifestations cinématographiques les plus importantes.

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Un festival qui a su garder son âme

Le festival tessinois, et c’est là son plus grand mérite, a su garder son âme. Lorsqu’il a vu le jour en 1946 sur l’initiative de quelques intellectuels et de l’agence touristique Pro Locarno, il avait pour but de mettre en valeur la relève tout en accueillant des cinématographies ayant difficilement accès aux écrans. Aujourd’hui encore, il remplit cette noble mission avec panache.

C’est ainsi qu’il s’apprête à recevoir ces quinze prochains jours aussi bien Adrien Brody que Jean-Marie Straub, et à projeter aussi bien des premiers et deuxièmes films fragiles dans ses deux compétitions principales que des longs métrages rassembleurs sur la Piazza Grande. Sans oublier une passionnante section Histoire(s) du cinéma, qui en marge de sa grande rétrospective, consacrée cette année au contrebandier – pour reprendre une appellation de Martin Scorsese – Jacques Tourneur, propose de nombreux classiques méconnus ou plus guère montrés sur grand écran.

Salutaire oasis

Au fil de ses éditions, le Locarno Festival a accompagné les premiers pas du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague française comme du nouveau cinéma suisse, a contribué à faire connaître en Europe Abbas Kiarostami et Milos Forman comme Todd Haynes et Spike Lee. Alors que la diversité est à l’année mise à mal par la domination des multiplexes à la programmation peu aventureuse, il reste une salutaire oasis pour quiconque tient encore en estime un septième art trop souvent réduit à un pur produit de consommation. Et à l’heure où la vidéo à la demande et le streaming semblent tout rendre accessible, l’acuité du regard de ses programmateurs, qui voient un nombre incalculable de films pour n’en garder que ceux qu’ils jugent dignes d’intérêt, est on ne peut plus précieuse. Locarno, c’est aussi un label de qualité.

Un budget solide et équilibré

Cette année, le festival jouit d’un budget de 13,5 millions de francs, parfaitement répartis entre fonds propres, aides privées et subventions publiques. Il est solide, fier, à l’image du léopard qui en est l’emblème. Mais il n’en demeure pas moins «un géant aux pieds d’argile», aime à dire Marco Solari, son charismatique et élégant président, qui ne devrait pas manquer de marteler au cours de cette 70e édition que le Tessin existe et qu’il serait temps qu’un de ses enfants siège au Conseil fédéral.

Quant au «Temps», il profite de cet anniversaire pour consacrer dès lundi une grande série d’été à l’histoire d’une manifestation qui reste pour nombre de cinéphiles et journalistes le rendez-vous le plus attendu de l’année. Car synonyme de belles découvertes et de rencontres enrichissantes, loin de la frénésie cannoise où les festivaliers courent hagards, tel le lapin d’Alice au pays des merveilles, derrière une horloge qui tourne trop vite.


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