Encore une affaire de dopage. «Sur 400 ou 500 coureurs professionnels, il y en a 50 qui sont dans cette opération», minimise l'ancien champion Bernard Hinault. Renvoyons-lui les déclarations de l'Union cycliste internationale datées de l'affaire Festina en 1998: «Un ou deux cas isolés, pas plus.» Aujourd'hui, on en est «officiellement» à 10% de l'effectif. Parmi les pincés: la plupart des candidats au maillot jaune sur le Tour de France qui s'ébranle ce samedi. A quand l'aveu final, à savoir que la moitié du peloton, ou plus, se charge?

La réponse blasée au problème consiste à dire: laissons-les se doper, sous contrôle médical, et que le spectacle continue! D'ailleurs le Tour ne reste-t-il pas une formidable fête populaire, une affaire en or qui draine 130 millions d'euros au fil de ses 3600 kilomètres dans les verts bocages de France?

Eh bien! non. Le dopage, même «contrôlé», est un message de démission et de tricherie adressé à la jeunesse. Il mérite d'être condamné sans relâche.

Et puis, parlons du Tour et de son fameux succès. Qui dira enfin qu'il barbote depuis trop longtemps dans ses «légendes» d'après-guerre? Que si son public reste nombreux, il vieillit et ne se renouvelle guère, à l'inverse de ce qui se passe dans le football, comme le démontre puissamment l'édition 2006 du Mondial?

Le dopage ne fait que creuser un fossé potentiellement mortel pour le cyclisme professionnel. Il est en train de se couper totalement du public des pratiquants.

Observez qui pédale sur les routes: des meutes de quinquagénaires qui se sont offert une belle machine pour garder la forme, des familles, des écolos. Autant de gens que les moyennes extraterrestres d'Ullrich, de Basso ou de Mancebo laissent totalement froids.

Certes, nous goûtons tous une belle empoignade dans les lacets qui montent à l'Alpe-d'Huez. Mais le Tour doit s'assainir, se réinventer, ou il périclitera. Le coup qui le frappe lui en donne, au fond, la chance.

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