C’est à Noël que les familles qui ont des enfants sont le plus confrontées à la situation: devoir expliquer à leur progéniture, surtout si elle est encore très jeune et lance plein de ces questions que l’on pose à cet âge, ce qui se passe ce jour-là. Pour peu qu’elles croisent, voire, soyons fous, qu’elles confectionnent la figuration d’une crèche et hop, le bal des «pourquoi», des «c’est qui?», des «raconte» s’enclenchent.

Les enfants sont créatures impatientes. Il vaut donc mieux pour les parents avoir à disposition le logiciel adéquat pour leur répondre. A l’heure où la pratique religieuse de la majorité de la population, en Occident, décroît; à l’heure où la capacité, pour des parents lambda, de sortir un narratif qui tienne la route et qu’ils puissent assumer avec conviction s’amenuise, ce petit défi, tout domestique soit-il, n’est pas mince.

L’université de Lausanne, en son temps, avait étudié la question, pour constater que contrairement à la passion (un homme crucifié), Pâques (qui ressuscite), l’Ascension (qui monte au ciel), la Pentecôte (qui répand l’Esprit Saint), le récit de la nativité offre au storytelling parental un schéma narratif pas trop compliqué (une naissance); un casting assez sympathique (un couple, un nouveau-né, une bergerie, des étoiles, la nature); des séquences assez transposables (les cadeaux des rois mages). Bref, sans trop se prendre la tête et à condition d’aller puiser, pour être convaincant, dans ses propres souvenirs de gamins émerveillés, il est possible aujourd’hui de faire œuvre de transmission.

Mais de quelles lignes de code nourrir le logiciel?

A minima et pour n’offusquer les convictions de quiconque dans le melting-pot des croyances qui se côtoient aujourd’hui, on peut toujours évoquer la fête de la lumière que de nombreuses civilisations et systèmes religieux connaissent. Chacun finissant bien par y trouver son compte. Mais alors, il faudra ruser avec la crèche, préparer son wording, insister sur les bougies, se concentrer sur le sapin, voire transformer la petite famille en migrants persécutés qui ne savaient où crécher.

Si l’on désire customiser plus avant le message, tenir compte de convictions plus fortes, en d’autres termes, si la transcendance et la verticalité tenaillent un tant soit peu l’usager du logiciel, on pourra s’inspirer de ce que préconisait celui qui était encore cardinal Joseph Ratzinger, avant de devenir pape Benoît XVI: «A Noël, on se souhaite de tout cœur que cette période de fête nous donne, au milieu de toute la hâte du présent, d’entrer un peu dans la contemplation et la joie, de toucher à la bonté de notre Dieu et nous redonne ainsi du courage pour poursuivre la route.»

Courage, joie et contemplation: cela ne sonne pas si mal. Et c’est ce que l’on vous souhaite, chère lectrice, cher lecteur aujourd’hui, demain et pour toute l’existence. Joyeux Noël!

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