Nouveau revers pour les JO de Tokyo 2020. Après la remise à plat du projet de stade, au tour du logo de passer à la trappe.

L’affaire a des saveurs de vilain menteur démasqué. Le design de Kenjiro Sano – une star – a rapidement été qualifié de plagiat dans les médias: son «T» majuscule rappelle un sigle dessiné pour le Théâtre de Liège par le graphiste Olivier Debie. Lorsque le Belge a fait connaître ses intentions de porter l’affaire au tribunal, le comité organisateur des JO a réitéré son soutien à Kenjiro Sano. Mais c’était sans compter sur la caisse de résonance des réseaux. Il n’aura fallu que quelques jours pour que la production du designer japonais soit décortiquée, ses travaux auscultés avec Google Image reverse, son compte Twitter épluché.

Coordonnées sur 2ch.net (sorte de 4chan nippon), les recherches ont généré le faisceau d’indices attendu. D’autres ressemblances ont été trouvées avec une composition de Jan Tschichold montrée lors d’une exposition à laquelle Kenjiro Sano s’est rendue (cf. l’un de ses tweets), plusieurs photomontages servant à mettre en scène le logo à l’aéroport de Haneda et à Shibuya utilisent des images appartenant apparemment à un blog et un festival de musique, enfin deux dessins imprimés sur des sacs dans le cadre d’une autre campagne auraient également des prédécesseurs. Pressurisé mais continuant de clamer son innocence, Kenjiro Sano a finalement décidé de retirer son logo.

Sano est-il coupable? L’épisode illustre bien sûr la puissance de feu des plateformes sociales. Mais ce n’est pas tout. Dans des écosystèmes numériques où, pour mieux exister, l’utilisateur lambda devient le relais des mêmes gifs, hashtags, memes, selfies et scandales que tout le monde, dans des environnements où la vitesse de dispersion a pour conséquence une extrême conformité, dans ces contextes-là l’idée d’originalité, celle des Créatifs avec un grand C, résonne comme la promesse d’un Ailleurs sans cesse désiré mais toujours hors de portée. Oui, le revers de l’hyper-connectivité, c’est la conscience plus stridente que jamais de n’être qu’un point sur la grille, un miroir à tendance, un déflecteurs de viralité, une copie de copies. Et, comme l’illustre l’épisode du logo, c’est peut-être bien cette condition qui rend aux internautes japonais (et aux autres) toute prétention abusive à l’originalité si insupportable. Pourtant, comme disait Montaigne, que l’on crée, que l’on lise ou que l’on parle, faisons-nous seulement autre chose que «nous entre-gloser»?

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