Un parlement, ça fait des lois. Pas facile, de faire des lois. Les élus ont plein d’idées, mais elles aboutissent rarement. Il faut convaincre un tas de monde. Même pour une petite loi de rien du tout. Obtenir une majorité de têtes de mule, c’est compliqué. Il faut de la patience, de l’écoute, et un peu d’alcool. Parfois en vain. Du coup, certains élus ne proposent rien, et affichent fièrement leur stérilité. C’est une nouvelle tendance bernoise. Des dandys déambulent dans les couloirs du Palais, et sur les plateaux télé, fiers de leur stérilité politique.

Bref. Convaincre le parlement est compliqué. Il faut souvent des années de travail pour obtenir ce fameux consensus garant de majorité. Vous pensez alors que le plus dur est fait, mais vous vous trompez lourdement: le parlement ne fait rien sans l’administration. Le Conseil fédéral et son staff. Les fonctionnaires qui font tourner la baraque. Vous n’êtes rien sans eux, et parfois, ils ne veulent rien faire avec vous. Du coup, vous ne faites rien du tout. Un exemple actuel: depuis quelques mois, nous toilettons la loi sur la protection des données. Une loi médiévale pour pigeons voyageurs, à l’heure où mon frigo raconte ma vie à ma voiture. Ce qui est potentiellement gênant. Surtout quand mon frigo met mon assureur en copie, sans prévenir ma voiture. Ni moi.

J’ai donc fait deux propositions. Toutes deux adoptées par le parlement. L’une demandait que mes données m’appartiennent. A moi. Donc ni à Google, ni à un fonctionnaire, ni à mon frigo, mais à moi. L’autre demandait que je puisse les transmettre, ces données, à qui je veux. Nous étions en 2015. Le Conseil fédéral a trouvé ça bien. Il a soutenu mes propositions, devenues celles du parlement.

Deux ans plus tard, il arrive avec sa réforme. Je me plonge dans les 107 pages du rapport soumis au parlement, curieux d’apprendre comment il met en œuvre mes idées (qu’il a soutenues, et que le parlement a adoptées). Et je ne trouve… rien. Moins que rien, même: à la page 37, le Conseil fédéral avoue que, tout bien réfléchi, mon idée n’est «pas souhaitable». Sans rire. En deux mots, un brave fonctionnaire a tiré un trait sur deux ans de processus parlementaire. A l’aise, Blaise.

Dans une note de bas de page, «Blaise» me propose poliment de poursuivre sur cette voie, mais ailleurs. Loin de lui. Dans une autre loi, par exemple. Et sans Google, du coup. Je vais en parler à mon frigo. Je me sentirai moins seul.

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