Editorial

Loi sur le renseignement: se donner les moyens de détecter les menaces graves

Liberticide et incarnation de l'Etat fouineur!, disent les opposants à la loi. Soumise en votation le 25 septembre, la loi sur le renseignement permettra au contraire de renforcer l'efficacité des services. Avec les gardes-fous nécessaires pour empêcher les dérives. Notre éditorial

Comment peut-on continuer à prendre les espions suisses pour des pieds nickelés et déplorer que la Suisse soit à la traîne dans la lutte contre les terrorisme, tout en refusant de donner davantage de moyens au Service de renseignement de la Confédération (SRC)? Cette posture traduit une belle incohérence. Dans un contexte où le terrorisme frappe au cœur de l’Europe, et où le retour de djihadistes constitue une réelle menace, il n’y a plus vraiment d’arguments valables pour dire non à la loi sur le renseignement le 25 septembre.

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La LRens brise un tabou: nos espions, qui jusqu’ici ne peuvent faire de la surveillance préventive que dans les lieux publics, pourront désormais procéder à des écoutes téléphoniques, «explorer le réseau câblé», recourir à des mouchards informatiques. Ils pourront installer des caméras dans des appartements, fouiller des voitures ou s’adonner à leurs activités à l’intérieur de mosquées, sans rester, comme maintenant, sur le trottoir.

Oui, une menace sur la sphère privée

Dit ainsi, cela paraît brutal et liberticide. Le débat est ultrasensible. Bien sûr, on doit l'admettre, cette loi sur le renseignement vient empiéter sur nos libertés individuelles et menacer notre sphère privée. Bien sûr, on est en droit de se montrer méfiant: les services de renseignements suisses se sont illustrés par un certain nombre de couacs, comme l'affaire de l’informaticien qui, en 2012, a pu quitter son bureau avec plusieurs terabytes de données sensibles planquées dans son sac à dos. On est passé à deux doigts d’un immense scandale.

Mais le SRC a gagné en crédibilité ces dernières années. Et surtout, la loi prévoit de solides gardes-fous. Ce n’est qu’en cas de soupçons liés à des affaires de terrorisme, d’espionnage, de prolifération d’armes de destruction massive ou d’attaques d’infrastructures sensibles que nos espions pourront recourir aux méthodes évoquées plus haut.

Une dizaine de cas par an

Par ailleurs, et ce n’est pas rien, il leur faudra au préalable obtenir l’autorisation du Tribunal administratif fédéral, puis l’aval du chef du Département fédéral de la Défense, qui aura consulté les ministres des Affaires étrangères et de Justice et police. Si l’on en croit le Conseil fédéral, ces méthodes ne devraient au final concerner qu’une dizaine de cas par an. On est bien loin du spectre de l’État fouineur et de la surveillance généralisée que brandissent, avec une certaine mauvaise foi, les opposants à la loi.

Ne cédons pas pour autant à la paranoïa de ceux qui voient des terroristes à chaque coin de rue et pensent que la loi sur le renseignement est déjà insuffisante. Mais elle est un instrument indispensable pour assurer la détection précoce de menaces graves. Avec des moyens adaptés au contexte actuel. 

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