«Sur nos monts quand le soleil»… Cette première strophe de notre hymne national résume bien le paradoxe valaisan actuel. Elle procède du mythe alpin développé depuis le XIXe siècle tout en portant en elle les éléments de l’avenir. Les faits montrent que le canton a drastiquement changé sociologiquement et économiquement mais que la perception d’un canton rural et touristique demeure, occultant parfois le développement d’autres activités.

Si on se projette dans la Suisse de demain, on imagine qu’environ un tiers de la valeur sera créée par la production matérielle (industrie, agriculture, construction, énergie), un tiers par les services (détail, commerce, services, artisanat) et enfin un dernier tiers par ce qu’on pourrait appeler «l’industrie de qualité de vie» (formation, santé, culture et tourisme). Dans cette configuration, on prend conscience que les atouts d’un canton alpin sont nombreux. Il y a l’image du mayen dans la montagne et des pistes enneigées. Elle est importante et louable. Il est essentiel cependant de bien appréhender aussi le rôle du canton comme cluster industriel de l’Arc lémanique, son positionnement central dans la politique énergétique à construire dans l’Europe interconnectée ou encore le cadre de vie exceptionnel qu’il offre, qu’il soit environnemental, culturel ou relève du domaine des infrastructures.

Nous constatons une volonté des citoyennes et des citoyens helvétiques de protéger ce cadre de vie, par exemple au travers de l’initiative Weber limitant la prolifération des résidences secondaires. Il nous paraît néanmoins important à ce stade de dire que le Valais n’a pas tout fait faux dans son aménagement du territoire. Il y a des exemples à ne pas suivre, nous ne les contestons pas. Mais il y a aussi de nombreux cas où la planification territoriale a été faite. On peut citer ici le plan directeur communal de la ville de Sion, certainement parmi les instruments d’aménagement du territoire les plus modernes en place aujour­d’hui dans le pays.

Le mitage du territoire est un problème qui dépasse les Alpes. Le Plateau est plus directement concerné. La modification de la loi sur l’aménagement du territoire. la LAT, actuellement combattue par un référendum lancé par l’Union suisse des arts et métiers (USAM), défend les intérêts des régions du Plateau et impose un outil mal adapté aux cantons périphériques. A notre sens, elle met en péril les principes même du fédéralisme. L’initiative déposée par Pro Natura, qui est à l’origine de l’actuelle révision de la LAT, est plus équilibrée. Elle prend mieux en compte les spécificités régionales en édictant un moratoire sur certaines zones à construire. Elle est plus respectueuse de la solidarité confédérale, en préconisant un fonds intercantonal permettant un flux financier des régions du Plateau ayant besoin de terrains constructibles vers les cantons disposant d’un surplus de terrains et prêts à les mettre à disposition.

La réorientation économique actuelle s’accompagne d’une mutation territoriale et paysagère et le Valais est disposé à jouer le jeu. Mais il est essentiel de bien comprendre l’évolution du canton. Nous invitons donc les Confédérés à venir visiter Sion pour voir, dans les faits, les efforts qualitatifs consentis pour ce qui concerne l’aménagement des espaces urbains ou la mise en valeur du patrimoine paysager.

Cet effort de mise en adéquation avec la réalité actuelle d’une région extrêmement dynamique permettra de mieux comprendre pourquoi il n’est plus acceptable pour la population de voir son coteau défiguré par une ligne à très haute tension ou encore de bloquer le développement territorial de l’agglomération sédunoise par la présence d’avions de combat de type F/A-18.

Ces mutations s’accompagnent d’une transition des emplois. Les inquiétudes actuelles sur les répercussions de l’introduction de la «Lex Weber» sont donc aussi légitimes que celles exprimées par d’autres cantons pour d’autres emplois.

Dans le débat confus sur l’application de la Lex Weber, le besoin de clarification est grand. Répétons-le: notre territoire est précieux et il faut l’utiliser avec intelligence. Quel environnement et quels paysages voulons-nous offrir à nos citoyennes et citoyens mais aussi à nos hôtes? Quelles infrastructures pour quels emplois voulons-nous développer? Profondément démocrates, nous croyons qu’il est de notre responsabilité de défendre et de faire connaître l’image d’un autre Valais, attaché à son identité et ayant un rôle moteur à jouer pour l’avenir du pays, ceci dans une Suisse qui respecte toutes ses régions.

Profondément démocrates, nous croyons à un Valais attaché à son identité et moteur d’une Suisse respectueusede toutes les régions

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