Révolution chez les avocats. Les nouvelles technologies font irruption dans l’une des professions restées les plus «low tech» du secteur tertiaire – certains ténors travaillent toujours sans ordinateur. Dans cette profession protégée, l’impulsion vient souvent d’outsiders. Ni juristes ni avocats, des entrepreneurs ont identifié des potentiels d’amélioration dans la sphère juridique, comme cela a déjà été le cas dans la banque, les médias ou les transports. Le mouvement est déjà bien lancé en Suisse romande.

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L’actuelle «uberisation» des avocats passe surtout par l’automatisation de tâches de support. Une machine d’IBM met 3 secondes pour analyser… 200 millions de pages. Une jeune entreprise genevoise promet de régler un différend vingt fois plus rapidement et pour dix fois moins cher. La justice devrait s’en trouver démocratisée, en tout cas pour les affaires simples.

Mais même de plus en plus «disruptée», une justice aura toujours besoin d’intelligence naturelle. Le cerveau reste l’outil le plus efficace pour élaborer une argumentation, assurer une plaidoirie ou s’entretenir avec des clients. Les professionnels de chair et d’os pourront se concentrer sur les activités à plus forte valeur ajoutée.

Bientôt, des algorithmes désigneront peut-être un juge arbitral, mais ils ne sont pas prêts de trancher des cas complexes. On peut se demander à quoi ressemblerait une justice rendue par des machines – qui pourrait constituer l’étape suivante. Serait-elle meilleure (sans qu’on sache ce que cela signifie vraiment)? Mieux acceptée par les parties? Quelle voie de recours serait envisageable contre un jugement émis par un algorithme: modifier le dit algorithme, qui sera de toute façon biaisé, car conçu par l’homme? Mais la véritable question est: une telle justice est-elle souhaitable?

Le parallèle avec le monde de la finance montre les limites du tout technologique. Des robots assurent déjà la majeure partie des investissements à Wall Street ou à Zurich, avec une rapidité et une précision sans égales. Sauf qu’en cas d’événements hors du commun, ils réagissent tous de la même façon, dans le même quart de milliseconde, provoquant des «flash crash» aussi soudains que vertigineux. Pour encore longtemps, la capacité à aller à contre-courant, à se montrer original, semble irremplaçable dans le monde de la justice.

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