En comparaison avec la plupart de ses voisins, économiquement parlant la Suisse se porte bien. Dans l’absolu, c’est autre chose. En 2015, la croissance a été médiocre (1%) et les prévisions pour 2016 sont à peine meilleures (1,5%). Le niveau général des prix baisse depuis cinq ans et semble devoir continuer à baisser cette année. Le taux de chômage augmente, un peu, même s’il est parmi les plus bas parmi les pays développés. Les causes de cette situation morose sont à l’étranger. L’Europe est en très petite forme. Les pays émergents sont dans une mauvaise passe. Très intégrée dans l’économie mondiale, la Suisse fait tout naturellement face à ces vents contraires. Mais elle n’est pas entièrement dépourvue de moyens pour contrer ces tendances.

Marges de manœuvre quasi inexistantes

Du côté de la politique monétaire, c’est vrai, les marges de manœuvre sont quasiment inexistantes. Après le décrochage du taux plafond en janvier 2015, la BNS s’emploie à stabiliser le taux de change aux environs de 1,10 franc pour un euro. Peut-elle faire mieux? Son taux d’intérêt est négatif, ce qui est extraordinaire. À -0.75%, elle est presque au bout de ce qui est possible. Elle peut encore descendre pour voir ce qui se passe, mais si peu que cela n’aura pas vraiment d’effet significatif.

L’autre instrument habituel pour doper la demande, c’est la politique budgétaire. L’idée est que le gouvernement accroît temporairement ses dépenses pour suppléer à la demande privée déficiente, essentiellement les exportations vers l’Europe et les pays émergents. Or le budget de la Confédération est en surplus depuis des années, ce qui signifie qu’elle dépense moins que ses revenus. Autrement dit, loin de soutenir l’activité, la Confédération freine la croissance. Certes, dans leur ensemble, les cantons sont en déficit, mais lorsque l’on additionne tout le secteur public, on observe en gros un équilibre. En bref, le secteur public regarde passer les trains.

Les déficits, c'est mal

Le plus surprenant, c’est que personne, ou presque, ne semble s’en plaindre. On peut imaginer la raison de ce silence: les déficits, c’est mal, parce que ça fait grimper la dette. Or l’endettement du secteur public suisse est parmi les plus faibles au monde et il diminue constamment. Dans ces conditions, un déficit temporaire ne peut pas mettre en danger la stabilité financière du pays.

La vraie raison, c’est le frein à l’endettement. Or ce mécanisme ne fait qu’exiger l’équilibre budgétaire sur la durée d’un cycle. Il permet des déficits en période de récession, qui doivent être compensés par ses surplus en période de croissance. Et c’est là tout le problème: la Suisse est en croissance lente, pas en récession. Résultat: alors que les revenus fiscaux ralentissent en raison de la conjoncture molle, les dépenses doivent également être freinées. Le budget est bien aujourd’hui un frein à l’activité économique.

Succès garanti

On peut imaginer un autre scénario, qui verrait la Confédération faire simultanément deux bonnes actions. La première serait de stimuler l’activité, ce qui devrait encourager les dépenses des consommateurs, qui sont bien moroses aujourd’hui. Comme l’effet d’entraînement est d’autant plus puissant que les taux d’intérêt sont bas, le succès est garanti. La deuxième serait de profiter d’une situation historiquement unique: la Confédération peut emprunter à des taux d’intérêt négatifs, autrement dit se faire payer pour emprunter!

Certes, il ne s’agit pas d’emprunter pour dépenser n’importe comment, mais de faire des investissements publics qui accroissent la productivité de l’économie. Il suffit que la rentabilité de ces investissements soit positive pour pouvoir rembourser sans peine sur dix ou vingt ans des emprunts mieux que gratuits.

Chacun peut avoir sa liste préférée d’investissements publics rentables, mais la santé, l’éducation ou les infrastructures sont des domaines où il est difficile de se tromper.