revue de presse

L’oiseau bleu de Twitter cherche à faire son nid en bourse

Les spécialistes des médias déconseillent aux petits investisseurs de se précipiter dans le secteur du gazouillis. Il s’agit de ne pas répéter les erreurs de Facebook de l’an dernier. Afin d’éviter que le cours de bourse ne batte rapidement et sauvagement de l’aile, «comme un moineau pris dans la tempête»

La palme de l’entrée en matière reviendra ce matin à Libération*. Jugez plutôt: «Miaou! Enfin, on va connaître la valeur sonnante et trébuchante de cette forte pensée délivrée la semaine dernière par la chanteuse Katy Perry à ses 46,7 millions d’abonnés. C’est en effet aujourd’hui que Twitter doit introduire en bourse ses gazouillis en 140 caractères max. Ce sera au New York Stock Exchange, que le réseau social aux 232 millions d’utilisateurs actifs – on allait dire habitants… – a préféré au NasdaqFacebook s’est cassé les dents au premier jour de sa cotation en mai 2012.»

Mais «loin du faste de Facebook, ­fait remarquer Le Figaro, Twitter a fait preuve d’une grande prudence dans les préparatifs de l’événement, adoptant une communication minimaliste. Sa crainte était d’essuyer le même revers que Facebook, dont l’introduction en bourse ultra-médiatisée a tourné au fiasco. Twitter a pour cela limité le nombre d’actions mises en circulation et conservé un prix d’introduction jugé raisonnable par les analystes [26 dollars par action]. L’opération est au final huit fois plus petite que celle de Facebook.»

Le nerf de la guerre

«Le réseau social doit rassurer et prouver qu’il peut gagner de l’argent dans la publicité», c’est le nerf de la guerre, résume l’article très bien documenté du Nouvel Observateur. Le plan est «ambitieux» car il s’agit – on l’aura compris – de ne pas répéter les erreurs du réseau social de Mark Zuckerberg, qui «avait pris une belle baffe à cause d’une survalorisation, d’un cafouillage informatique, d’un problème de communication des banques et de la méfiance des investisseurs», dont la pression permanente «à la recherche d’une maximisation des profits impactera la capacité du site de micro-blogging à faire valoir une stratégie à long terme».

(Parenthèse. C’est l’occasion de relever au passage cette énième utilisation horripilante du verbe «impacter», néologisme peu utile mais qui plaît tant aux penseurs managériaux et à leurs suiveurs médiatiques. Fin de la parenthèse.)

Ce d’autant que, «fondé en 2006 par Jack Dorsey, Twitter ne semble pas avoir encore trouvé son modèle économique. Selon les déclarations de ses fondateurs, il n’a aucune chance d’être rentable avant 2015. Ce qui ne l’empêche pas d’être valorisé 20 fois son chiffre d’affaires!» s’exclame Le Monde. «Après au moins deux mois de négociations secrètes, huit semaines de buzz médiatique et dix jours de rencontres entre investisseurs dans huit villes américaines», précise le Financial Times.

Une vidéo avec Obama

L’avantage de Twitter? Le réseau «s’est imposé comme un moyen de communication pour les stars de la musique et du cinéma, les sportifs, les hommes politiques, les médias ou les marques», indique pour sa part L’Agefi. Twitter insiste sur cet aspect dans la vidéo [visible sur le site Techcrunch] préparée pour sa tournée auprès des investisseurs institutionnels la semaine passée, en rappelant quelques tweets marquants: ceux de Barack Obama, premier président à l’utiliser massivement et dont le message «quatre ans de plus» et la photo le voyant enlacer sa femme Michelle a fait le tour du monde; ou encore ceux de l’investisseur «activiste» Carl Icahn qui, pour maximiser la portée de ses actions, annonce sur Twitter qu’il a acheté des actions Apple.»

Ce qui n’empêche évidemment pas le Wall Street Journal de nous dire dès ce matin pourquoi il est déconseillé d’investir avec précipitation dans Twitter. Car «à l’heure actuelle, il y a des centaines d’analystes d’actionnaires, d’études de marché, de gourous de la publicité et d’autres personnes qui sont payés des sommes énormes pour déterminer s’il faut le faire et à quelle hauteur. Jouer contre eux est un jeu de perdant, et vous ne devriez pas jouer. […] Si vous pensez que Twitter sera une entreprise prospère, cela ne sera vrai que dans trois, six ou neuf mois. […] D’un point de vue commercial, sa flexibilité est autant une bénédiction qu’une malédiction. Twitter est encore un service de niche, une expérience de croissance solide, avec ses utilisateurs, mais encore peu spectaculaire.» Et l’article se termine par un «good luck» qu’on dira ironique.

Attention, «vol chaotique»

Même optique dans The Economist, qui prévient: «Selon divers rapports, les investisseurs bancaires cherchent à placer la majeure partie des actions dans les mains d’un nombre relativement restreint de gros investisseurs, qui y voient un pari prometteur à long terme. Cela devrait soutenir le prix pendant un certain temps, de même que l’enthousiasme des parieurs individuels pour cette tranche technologique la plus chaude depuis l’introduction en bourse de Facebook l’an dernier. Mais dès le premier signe d’une évaluation inférieure aux projections optimistes, le cours de bourse va battre sauvagement de l’aile, comme un moineau pris dans la tempête. Bouclez votre ceinture pour un vol chaotique.»

* Libération qui, entre nous soit dit, fait aujourd’hui honneur à une certaine Helvétie, celle qui est drôle, puisque «les images humoristiques des deux frères suisses Plonk et Replonk illustrent l’ensemble du journal […] à l’occasion de la sortie de leur livre De Zéro à Z, l’abécédaire de l’inutile aux Editions Hoëbeke». «Il n’est pas en vente sur notre site mais chez votre libraire préféré», préviennent les deux malins de La Chaux-de-Fonds sur leur très joliment intitulée page «Maison».

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