En février, Lomepal partait à l’assaut d’une survoltée Arena. Passé en une année de l’intime Alhambra à la vaste halle industrielle, il revenait à Genève en valeur refuge du rap hexagonal après en avoir été une promesse. Puis, douze mois après son passage dans le chaleureux Montreux Jazz Lab, voilà qu’il faisait face, en juillet sur la Grande Scène de Paléo, à plus de 20 000 personnes. «C’est le meilleur concert de ma tournée», hurlera-t-il, galvanisé par l’énergie du public nyonnais.

Jeudi dernier, enfin, voici qu’Antoine Valentinelli, cet homme pâle, qui a parfois dit regretter d’avoir opté pour un pseudo hérité de son enfance de gringalet, était de retour à l’Arena genevoise pour la dernière date de sa tournée. Cela doit être la première fois qu’un artiste se produit à trois reprises en moins d’un an sur les plus grandes scènes de Suisse romande. Une nouvelle fois porté par ses fans, visiblement ému au lendemain de son 28e anniversaire, mais aussi manifestement épuisé par tout ce qu’il a vécu depuis 2017 et la sortie de Flip, il a profité de ce retour en terres romandes pour annoncer sa mise au vert, son besoin de repos, de prendre le large. «Pour revenir encore plus fort», assure-t-il.

Nouvelles stars

Lomepal n’est pas le seul chanteur à avoir ces derniers temps autant occupé le terrain. Angèle et son frère Roméo Elvis ont eux aussi multiplié les concerts, ici comme ailleurs. A l’heure où les artistes voient jusqu’à 70% de leurs revenus provenir de la scène, on ne les blâmera pas de profiter de leur fulgurante réussite. Quand la demande est là, autant que l’offre soit à la hauteur. Mais en observant la manière dont les musiques urbaines produisent tous les trimestres leur lot de nouvelles stars en puissance, je me pose quand même la question de leur longévité.

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Lomepal, comme Roméo Elvis, chante les années de galère et ses débuts, mais aussi la difficulté de gérer le succès et le rapport aux fans, la peur du vide et de l’après. Il y a dans le rap quelque chose d’autocentré, des confessions intimes offertes au monde. Est-ce possible, le temps passant, de continuer dans cette veine autobiographique sans lasser? Il sera intéressant, dans une vingtaine d’années, de voir qui, parmi les étoiles du moment, seront les NTM et les IAM de demain, deux groupes devenus des références, des jalons. Ce qu’ils doivent à des albums au fort ancrage social et politique, là où trop de disques actuels ne sont dans le fond que le reflet de cette époque «facebookienne» et «instagramesque» où parler de soi semble être une nécessité.


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