Le président Trump a sonné l’hallali: il a accusé l’OMS d’avoir été complaisante à l’égard de la Chine et a voulu en conséquence suspendre la contribution des Etats-Unis à l’Organisation mondiale de la santé. Puis il s’est ravisé, comprenant qu’une telle réaction était inopportune en pleine crise du coronavirus. De toute façon, l’administration américaine a déjà demandé au Congrès de réduire d’un tiers les contributions volontaires des Etats-Unis aux organisations internationales, dont l’OMS. Même si le président Trump cherche à détourner l’attention de ses propres manquements, on aurait tort de ne pas tenir compte de ses propos en l’occurrence.

A Londres, la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes a publié le 6 avril dernier une analyse de la réaction des institutions internationales face à la crise sanitaire.

Elle constate que si la coopération internationale et multilatérale est essentielle pour répondre à la pandémie, le G7 et le G20 «ont échoué à mettre au point et à maintenir une réponse internationale coordonnée». L’OMS, chargée de cette coordination au sein du système des Nations unies, a été visible et active au cours de la crise mais elle a ses limites: c’est une instance qui est dirigée par ses Etats membres, lesquels ont un poids tout particulier au sein de l’organisation et échappent à toute critique de la part d’un secrétariat respectueux de la souveraineté des Etats.

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L’élément central dans une pandémie de ce genre tient à l’information: or plusieurs Etats tels que la Russie, l’Iran et la Chine ont pratiqué la désinformation sur l’origine et la propagation du virus. «Pays dans lequel le virus a trouvé son origine, la Chine aurait dû jouer un rôle central dans la collecte et la diffusion d’informations pertinentes qui auraient permis à la communauté scientifique de mettre au point une riposte rapide et efficace, lit-on. Or, selon de nombreux rapports de presse, la Chine a dès le début maquillé les faits. Le docteur Li Wenliang a lancé l’alerte sur le virus le 30 décembre 2020: il a été arrêté, contraint de se rétracter, et a dû confesser avoir diffusé de fausses informations.» Il est mort du Covid-19 en février et a été réhabilité sous la pression populaire. Mais la Chine n’a autorisé l’entrée à Wuhan d’une mission de l’OMS que le 21 janvier suivant. Ce n’est qu’après le retour du directeur général lui-même de Pékin que l‘OMS proclamera l’état d’urgence sanitaire le 30 janvier.

Oui mais… Comme le rappelle le Guardian, dans une circonstance analogue, en 2003, la directrice générale de l’époque, Mme Gro Harlem Brundtland, s’est renseignée de son propre chef auprès de diplomates et de savants sur la réalité d’une épidémie qui se dessinait en Chine (SARS 1). Elle a confronté la Chine aux éléments qu’elle avait recueillis et a lancé l’alerte, forçant la Chine à coopérer. Ancienne première ministre de Norvège, elle-même médecin, elle a agi au nom de son mandat – prévenir les épidémies – qu’elle a interprété comme un devoir d’humanité, sans attendre que les gouvernements lui dictent son comportement. Son action a permis d’enrayer la diffusion du virus et de sauver des vies. Le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a été informé de ce qui se passait à Wuhan dès la fin de décembre par les autorités de Taïwan, mais il n’a pas transmis ces indications aux Etats membres. Le contraste entre l’attitude des deux directeurs généraux est saisissant, même avec dix-sept ans d’écart.

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Les parlementaires britanniques concluent que les pandémies ne connaissent pas de frontières et que toute riposte efficace doit se fonder sur la science, des faits probants et la coopération internationale. Tirer les leçons de la pandémie de Covid-19 permettra d’éviter la suivante. Le Foreign Office doit prendre la tête d’une réforme des organisations existantes, quitte à créer de nouvelles structures («un G20 de la santé publique») permettant aux experts et chercheurs d’apporter une réponse plus efficace, «même en l’absence d’un leadership politique unifié». Qu’en pense la diplomatie suisse?


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