Révolution de palais

Et si l'on déposait une motion pour ne rien faire à Berne?

Un chercheur a suggéré à notre chroniqueur Fathi Derder une bonne résolution pour 2016: «Un moratoire général». Histoire, par exemple, de ne pas délibérer indéfiniment sur le célibat des lapins

C’est l’heure des bonnes résolutions, à Berne. Un journaliste a suggéré que nous déposions moins d’interventions parlementaires. Le Conseil national en fait trop, dit-on. Et c’est vrai: on en fait précisément deux fois plus qu’il y a 20 ans, aux frais du contribuable. Chaque texte coûte 6120 francs en travail administratif. Au minimum. Si l’objet est débattu en plénum, comptez beaucoup plus.

Prenons un exemple, un temps fort de la dernière législature, l’interdiction du célibat des lapins. Au terme d’un volumineux rapport, l’administration nous a recommandé le rejet de l’initiative parlementaire, car un lapin célibataire est un lapin heureux (je résume). L’auteur de l’initiative s’est entêté. Nous y avons donc consacré une année de débats, quelques séances de commission et un vote en plénum. Cinquante mille francs, minimum. Résultat: 9 voix sur 200. Les joies de la démocratie.

Cela dit, les parlementaires ne sont pas tous hyperactifs. Certains ne font rien. Ou presque. Comme ce collègue qui a déposé une seule intervention en quinze ans. Mille jours de session à Berne pour un petit postulat, liquidé sans débat. En ce début de législature, mon collègue a décidé de continuer sur sa lancée: il est dans le tiercé gagnant de l’absentéisme. Reste à déterminer le poids budgétaire d’un parlementaire inexistant. Ne rien faire peut aussi coûter très cher.

Décider de ne rien décider

Le Conseil fédéral vient d’en faire la démonstration. Avant les fêtes, il a inventé un nouveau concept: le moratoire perpétuel. Dépenser de l’argent pour ne rien décider. Un moratoire sur les OGM a été voté en 2005 pour identifier les dangers du secteur. Les meilleurs chercheurs du pays ont consacré sept ans à la question. Facture de 15 millions de francs, avec cette conclusion: «Il n’y a aucun risque, on peut lever le moratoire.» Une conclusion que le Conseil fédéral a mis quatre ans à lire. Avant de décider, fin décembre, de ne rien décider avant quatre ans. Au total, seize ans de moratoire, pour permettre, je cite, «un débat approfondi». Les 15 premiers millions, c’était pour rire. On passe maintenant aux choses sérieuses. Pour quelques millions de plus, et… aucun débat, au final.

Un chercheur m’a suggéré une bonne résolution pour 2016: «Un moratoire général. Un état de non-faire qui s’alignera parfaitement avec celui de non-penser.» Excellente idée. Je vais déposer une «motion pour ne rien faire». A 6120 francs. Voire plus, selon la non-réponse du Conseil fédéral. Mais il suffit de ne pas y penser.

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