Charivari

Et si l'on inventait le métier d’amoureux?

Il y a des êtres, ils ne sont pas si nombreux, qui n’aiment qu’aimer et pourraient consacrer leurs journées à cette activité. Pourquoi ne les professionnaliserions-nous pas?

Jeudi dernier, on se baladait, mon chéri et moi, dans le quartier de Matonge (prononcez: Matongué), à Bruxelles. C’est un quartier africain, coloré, incroyablement animé avec ses femmes en boubou et ses hommes ultra-sapés – oui, je sais l’Afrique, les couleurs, la vie, c’est un gros cliché, mais c’est pourtant bien ainsi que ce quartier apparaît – et l’on venait de flasher sur un petit garçon en salopette jaune qui sautillait devant son papa, absolument guilleret. Sourires échangés, temps suspendu. Tout était doux, captivant, gai. A ce moment, mon amoureux me dit: «Si j’étais riche à millions, voilà ce que j’aimerais faire: me promener avec toi, main dans la main, partout, tout le temps. Tous les pays, tous les endroits sont passionnants quand je suis avec toi.»

Outre l’émotion suscitée par la déclaration, sa proposition m’a posé question. Peut-on se rêver oisif, uniquement consacré à contempler le monde en promeneur associé? Peut-on se définir par le simple fait d’être (amoureux, en voyage, ravi) sans rien faire, ni rien produire? La pensée bouddhiste dirait oui, trois fois oui, sachant que l’être surpasse le faire et qu’il n’y a pas plus noble activité que méditer pour le bonheur de l’humanité.

La «passeggiata» collé-serré

Mais ici, il ne s’agit pas de méditation transcendantale. Il s’agit de déambulation câline. De passeggiata collé-serré. Assez platement, j’ai répondu que «fatalement, un jour, on s’ennuierait à regarder ainsi les gens, même si on commentait la foule de manière complice et amusée». Mais j’ai tout de suite regretté. Car, je n’aime pas les idées toutes faites et, précisément, dire que l’ennui advient fatalement à la répétition d’une action, surtout une action de détente, est une idée toute faite.

Et puis, ce n’est pas moi qui proposais ce drôle de deal, c’est lui. Et je le crois. Il a beau aimer son (futur) métier, ses amis, sa famille, etc., mon chéri aime plus encore être avec moi. Autrement dit, il fait métier d’aimer et s’y adonne sans compter. Du coup, cette autre question: ne pourrait-on pas imaginer la profession d’amoureux? Pas d’escort boy, ni de prostitué, mais d’amoureux, vraiment, avec des sentiments? Car tout le monde n’a pas ce talent. L’amour, ce n’est pas qu’un état abstrait, ce sont aussi des faits et, dans ce registre, on est beaucoup à être un peu juste, non? Amoureux professionnel, on devrait y penser. Ce statut rendrait justice à celles et ceux, ils ne sont pas si nombreux, qui prennent ce rôle au sérieux.


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