Parlons un peu de vous. Oui, vous. Vous qui êtes l’objet unique de ma curiosité. Vous que j’observe du matin au soir, partout, tout le temps. Vous mon alpha, mon oméga et plus, si affinités. Vous pour qui je me lève, je me lave les dents, je me douche, j’avale mon café, je m’habille, j’enfourche mon vélo, je mange, je bois, je travaille. Vous avec qui je discute, je plaisante, je m’énerve, je ris, je pleure, je danse.

Vous m’en faites voir de toutes les couleurs, tous les jours que le bon Dieu fait, comme vous dites. Tout à l’heure, je vous ai croisé dans la rue. Je ne vous avais pas vu depuis longtemps. Nous n’avons pas pu nous serrer la main, et encore moins nous embrasser. Ça nous a fait bizarre. Nous avons échangé ce sentiment étrange que nous partageons, sans vraiment pouvoir le définir. Ce petit air de fin du monde, ce drôle de moment pas très drôle et totalement inédit, pour vous comme pour moi. Et puis nous nous sommes souhaité plein de belles choses. En espérant pouvoir en rire, bientôt, à moins d’un mètre et sans lotion hydroalcoolique entre les phalanges.

Je vous ai beaucoup lus et entendus aussi, sur tous les supports. Davantage encore ces derniers jours. J’ai écouté tous vos conseils, toutes vos expertises, tous vos présages, toutes vos certitudes. J’ai subi vos mauvaises plaisanteries, vos théories du complot, vos envies d’en découdre, de distribuer les bons et les mauvais points. J’ai aimé vos espoirs, vos bons mots, vos envolées plus ou moins lyriques. Je vous ai méprisés et je vous ai admirés. Vous m’avez donné toutes les envies.

Taureau par les cornes ou volets clos?

Parmi vous, certains sont aux responsabilités. D’autres font ce qu’on leur dit, ou ne le font pas. Certains d’entre vous prennent le taureau par les cornes, d’autres attendent derrière des volets clos. Vous êtes tantôt invincibles, tantôt vulnérables. Vous êtes en pleine santé, vous êtes malades, vous êtes jeunes, vieux, désirables ou misérables. Qui que vous soyez, laissez-moi vous faire quelques aveux.

Je ne savais pas que j’avais à ce point besoin de vous. J’ignorais jusqu’ici à quel point je vous adore, y compris quand je vous déteste. Quelle que soit leur couleur, les sentiments que vous m’inspirez sont ma chance infinie. Ils sont mon privilège d’homme sur la Terre, simplement parce qu’ils sont. Je ne peux pas vivre sans vous.

Dans quelques semaines, quelques mois, quelques années, la vie reprendra son cours. Je n’ai pas la moindre idée de ce que nous aurons vécu dans l’intervalle. Mais ce jour-là, si j’ai la chance de vous croiser et si j’ai le malheur de l’avoir oublié, rappelez-moi de vous le dire les yeux dans les yeux: je vous aime.


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Et déjà, nous nous manquons

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