Le temps des séries TV

Où l’on savoure un peu une froide vengeance

Montrée ces jours par RTS Un, et bientôt par TF1, «Revenge» joue à merveille des procédés désormais usuels des séries TV. Au risque de lasser. Au moins propose-t-elle une brève et dépaysante exploration d’un milieu

L’histoire, est-il précisé à plusieurs reprises dès le premier épisode (le pilote), n’est pas celle d’un pardon. Le titre le laissait deviner sans peine. Montrée ces temps par RTS Un et bientôt par TF1, Revenge raconte le retour d’Emily Thorne, ou Amanda, dans la région des Hamptons, la péninsule huppée de New York. Interprétée par Emily VanCamp, Emily a déjà vécu dans le coin, et s’en souvient pour de funestes raisons; tout indique que la bonne société locale a conspiré contre son père, le poussant à la déchéance, et pis, à un procès pour complicité dans des actes terroristes. Emily, qui s’était appelée Amanda, revient pour se venger. Et elle a tout préparé. Hélas pour le téléspectateur.

Dès le pilote, la série de Mike Kelley tient du bréviaire de narration télévisuelle contemporaine. Les auteurs disent s’inspirer librement du Comte de Monte-Cristo – c’est en effet assez libre. Ils appliquent surtout avec habileté leur dispositif, semant les mystères et les allusions en attente de dénouement, dévoilant avec mesure les pans du passé d’Emily. Dès le deuxième épisode, il faut bien sûr temporiser, distiller les jalons et développer les points forts des épisodes, qui portent chacun un titre programmatique («Trahison», «Confiance», «Absolution»…). Toutefois, si l’on peut dire, les dés sont pipés; car Emily a d’emblée les armes de sa revanche, et ses motifs apparaissent au fur et à mesure. Le spectateur peut se sentir un brin dupé, comme ces amateurs de romans policiers respectant les canons selon lesquels l’auteur doit fournir au lecteur toutes les clés afin de pouvoir identifier le criminel. La fiction, on le sait, ne peut opérer ainsi. Mais le fonctionnement lisse de Revenge peut finir par lasser. Au moins sa perfection apparente colle-t-elle à cette jeunesse dorée des Hamptons, dont la série propose une dépaysante exploration .

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