Je ne le crie pas sur les toits, surtout que les amateurs sont nombreux – ce fut notamment la série la plus téléchargée de l’année 2012. Mais je m’étais assoupi un instant durant le pilote de Game of Thrones. Juste une brève absence, longue journée de travail, alanguissement hivernal, et tout cela. J’ai vite fait jouer la télécommande pour reprendre au début de mon éclipse, et puis j’ai continué, assez étonné par le tempo de la série, dont la première saison, sortie en DVD, est montrée ces temps par Canal +.

On ne peut pourtant pas accuser le feuilleton créé par David Benioff et D. B. Weiss, d’après le cycle de romans Le Trône de fer de George R. R. Martin, d’être ennuyeux. Durant cet infime laps de temps, j’étais plutôt victime d’une surprise, due à une attente biaisée. Inscrite dans le registre du médiéval fantastique, cette histoire de clans familiaux qui se déchirent en une ère d’après les dragons, semble-t-il, et sur des terres parfois hostiles, était précédée par sa réputation. A priori, on l’associe facilement à une veine de fictions plus ou moins historiques dans lesquelles sang et sexe sont sollicités à outrance pour accroître le réalisme du propos, ou éreinter une certaine historiographie. Et certes, s’agissant de violence visuelle, Game of Thrones ne recourt pas à la dentelle champêtre. Elle peut être brutale, mais elle apparaît surtout posée. La mise en place du dispositif, des lieux et des fratries, est réalisée avec une méticulosité qui peut surprendre.

Sans condescendance, le considérable succès de la saga sur petit écran illustre une forme de maturité des amateurs. Lesquels admettent, en le goûtant, ce déploiement qui prend son temps. Alors que le troisième chapitre est annoncé pour fin mars aux Etats-Unis, les fidèles sont récompensés par un épatant final en première saison. Pas de quoi somnoler.