Grande-Bretagne

Londres brûle, les Londoniens s'enflamment

Les immeubles désignés comme non conformes aux normes anti-incendie ont dû être évacués d’urgence durant le week-end. Fatiguée, la population concernée par ces logements sociaux s’insurge

Evacuation immédiate. C’est ce que Georgia Gould, membre du Parti travailliste et responsable de la municipalité de Camden, a exigé vendredi 23 juin, au soir. La veille, devant le parlement, la première ministre, Theresa May, avait déclaré que «le gouvernement [avait] ordonné l’examen des revêtements de tous les immeubles» de logements sociaux gérés par les pouvoirs publics dans le pays.

Neuf jours après l’incendie de la tour Grenfell qui a coûté la vie à 79 personnes, les autorités prennent les choses en main. Sur les 600 bâtisses considérées comme suspectes, 34 tours ont été qualifiées de non conformes aux normes anti-incendie en Grande-Bretagne. L’évacuation de cinq immeubles vendredi a provoqué le chaos dans la capitale.

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C’est une forme d’exode que la presse britannique a couverte. D’une heure à l’autre, quelque 3000 habitants ont dû préparer leurs valises, quitter leur logement et s’installer dans des refuges temporaires mis en place en urgence. Le Telegraph rapporte les plaintes de certains résidents contraints de force à abandonner leur logis.

A Chalcots Estate, quartier du nord de Londres, le Guardian relate le témoignage de certains irréductibles. Parmi eux, Meah, qui vit avec sa femme et sa mère malade de 78 ans. «On nous a proposé une petite chambre dans laquelle nous devrions tous être installés… Je décrirais l’organisation de tout cela comme extrêmement chaotique. Les gens sont effrayés.» Le journaliste fait également part du témoignage d’un voisin, qui ne déménagera pas tant que les autorités ne lui donneront pas une raison légitime: «Je refuse de laisser l’hystérie de masse causée par les médias me chasser de chez moi», a-t-il déclaré. Sur Twitter, Matt dénonce: «Les raisons de l’évacuation imposée par le conseil de Camden sont aussi claires que de la boue. Les leaders devraient retourner jouer avec leurs Barbie.»

Durant le week-end, Georgia Gould s’est chargée de convaincre en personne chaque habitant insoumis. «Je sais que c’est difficile, mais l’incendie de Grenfell a tout changé, a-t-elle souligné. Il est de notre devoir de mettre les gens en sécurité, pendant que nous procédons à ces travaux urgents.» Selon elle, la remise aux normes pourrait prendre quatre semaines, et bien que la municipalité ait incité les résidents à se rendre, dans la mesure du possible, chez leurs proches, elle aurait aussi réservé «des centaines de chambres d’hôtel». La travailliste a dû essuyer de multiples critiques, mais elle a aussi été saluée à travers certaines publications. Sur Twitter, Deidre la remercie de veiller à la sécurité des personnes et pas uniquement à économiser de l’argent sur le dos des laissés-pour-compte.

C’est que la révolte menace d'éclater dans les rues londoniennes. Et le funeste incendie vient s’ajouter aux deux attentats terroristes que la population britannique a subis, mettant à mal l’équilibre déjà précaire de Theresa May. Ces accidents symbolisent pour certains la «négligence» à l'égard des normes de sécurité et l’indifférence portée à une frange défavorisée de la société britannique. Et le mécontentement suscité par la réduction des budgets locaux ainsi que les mesures d’austérité du gouvernement conservateur, qui vient de perdre sa majorité parlementaire, gronde. Les événements de ce week-end ne font que raviver les braises.

L’atmosphère actuelle au Royaume-Uni révèle un pays chancelant que le Brexit tout jeune d’une année contribue à secouer. L’état des infrastructures pointées du doigt revêt, quant à lui, des airs de déjà-vu quand on pense aux accidents ferroviaires meurtriers que la Grande-Bretagne a vécus à répétition depuis les années 80.

Le pays est-il sensible à la loi des séries? Samedi, au troisième étage d’un immeuble de l’est de Londres, un incendie s’est déclaré, mobilisant dix camions d’intervention et 72 pompiers. Au XVIIe siècle, les autorités de la capitale en proie à de multiples incendies ravageurs avaient trouvé une méthode imparable pour repousser les flammes: détruire au plus vite les maisons en feu grâce à l’usage de poudre à canon. Pas sûr que le remède serait apprécié aujourd’hui.

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