Londres a confié mardi le contrôle de son étendard de la finance à une société américaine. L’annonce a de quoi surprendre. Le taux d’intérêt Libor – qui sert de référence pour des milliers de milliards de produits financiers, dont des hypothèques en Suisse, et de référence pour les taux d’intérêt de la Banque nationale – passera dès 2014 des mains de l’Association des banquiers britanniques à celles de l’opérateur de la bourse de New York, NYSE Euronext.

Cela ressemble à un camouflet pour Londres, qui donne sa première lettre au Libor. La réalité est plus subtile. Le choix ressemble davantage à un geste désespéré pour ne pas voir passer à la trappe un système décrédibilisé après un scandale de manipulation qui a vu plusieurs banques, dont UBS, être punies. Car maintenir le Libor est crucial pour que la City puisse rester au cœur du système financier mondial.

Les autorités ont déjà pris plusieurs mesures pour renforcer le système. Elles exigent notamment un vérificateur indépendant pour garantir la sincérité de ce thermomètre de la finance. En offrant la supervision à une société étrangère, elles veulent à présent consolider sa crédibilité. Tout en le gardant dans leur giron: NYSE Euronext devra établir une filiale en Grande-Bretagne, supervisée par les autorités de l’île.

On peut douter que cela suffise pour rendre au Libor un minimum de crédit. D’abord parce que la manière dont ce taux est fixé, et qui pose problème, a peu changé. En outre, NYSE Euronext n’est pas plus immunisé que les banques contre les conflits d’intérêts. Au contraire, ce fournisseur de contrats de dérivés sur le Libor pourrait aussi être tenté de le manipuler.

Surtout, Bruxelles et Washington travaillent à torpiller ce système. La première aurait des visées sur son contrôle. La Commission européenne souhaiterait réformer ce taux et en transférer la supervision à l’Autorité européenne des marchés financiers à Paris. Les autorités américaines sont, elles, plus radicales: ce système «insoutenable» doit être complètement repensé.

Enfin, des groupes de travail, lancés par des autorités de régulation ou des organisations internationales, se penchent actuellement sur une réforme des indices de référence.

Comme la place financière suisse dans d’autres domaines, Londres n’échappe pas à la pression internationale. Dans cette bataille du Libor, on voit mal comment la City parviendra à y résister.