Editorial

Longue vie aux temples démocratiques

La reconstruction réussie du nouveau parlement vaudois rappelle que la démocratie n’est pas seulement un système fonctionnel. Dans une époque privée d’utopie, retrouver sa dimension esthétique est encore plus important

Des murs neufs et un toit de tuiles ne remplacent pas les idéaux. Mais dans une époque baignée de profondes désillusions politiques, l’inauguration imminente du nouveau parlement vaudois est une bonne nouvelle. Voire, oserait-on presque dire, un signe d’espérance.

Par sa dimension esthétique assumée, par la sacralité de ses dimensions, il rappelle que la démocratie n’est pas seulement un système fonctionnel, rationnel. C’est aussi une construction culturelle où l’art joue un rôle fondamental.

Les pères de nos nations modernes au XVIIIe siècle le savaient. L’Etat de Vaud lui-même est né dans l’ineffable lumière du néoclassicisme, qu’incarnait l’ancien parlement détruit par le feu en 2002. Mais on l’a beaucoup oublié de nos jours, où une bonne partie de la production architecturale de masse – zones villas et industrielles, jusqu’aux espaces et bâtiment publics – brille par sa banalité, sinon sa laideur.

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Econome, moderniste, mais tout de même imposant, le nouveau parlement tranche de manière réussie avec cette médiocrité. Son toit de tuile assez disgracieux – imposé pour éviter un référendum des défenseurs du patrimoine – lui nuit moins qu’on aurait pu le craindre. On peut seulement regretter l’extraordinaire rareté de telles constructions dans la Suisse d’aujourd’hui. Ce monument n’a vu le jour que pour en remplacer un autre. On ne l’aurait même pas envisagé sans l’incendie qui a anéanti l’ancien bâtiment, rendant impossible une reconstruction à l’identique.

Au moment où l’Occident traverse une grave crise de confiance – parce que l’idéal de progrès qui propulsait sa course a perdu de son sens et de son attrait –, on souhaiterait que les démocraties retrouvent le goût de se surpasser. Y compris par des gestes architecturaux dépassant le cadre strict de l’utilitarisme.

Les grandes civilisations du passé ont marqué l’histoire en érigeant des monuments qui n’avaient d’autre fonction que de célébrer – chacun à leur manière – le rapport de l’homme au cosmos. Renouer avec cet élan créateur serait, pour des nations en proie au doute, une manière de sortir de leur déprime actuelle. Puissent les députés vaudois s’en souvenir lorsqu’ils pendront possession, le 14 avril, de leur nouveau temple démocratique.

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