Les mots ne suffisent plus. «Nous sommes bloqués dans un dysfonctionnement global colossal», disait mardi le chef des Nations unies, Antonio Guterres, à court d’expressions plus percutantes. Voilà trois ans que l’Assemblée générale de l’ONU ne se réunissait plus, pour cause de pandémie mondiale. Mais l’heure, à New York, n’est pas aux heureuses retrouvailles entre chefs d’Etat. Bien au contraire.

Aux problèmes sanitaires (loin d’être encore définitivement résolus) s’ajoute une cascade de menaces et de catastrophes qui donnent à elles seules la nausée: la guerre russe lancée contre l’Ukraine – qui risque désormais de devenir «totale»; puis les conséquences dévastatrices des pénuries alimentaires et énergétiques; puis le péril nucléaire qui grandit, aussi bien en Ukraine qu’en Iran; puis, encore, les dérèglements climatiques et l’incapacité générale à répondre à ces dangers de plus en plus criants, qui nous menacent tous. Une autre formule d’Antonio Guterres: «La planète brûle.»

Les normes s’érodent

Le système des Nations unies, il faut bien le reconnaître, fait partie lui-même désormais de cette multitude de problèmes à résoudre de toute urgence. La Russie, fauteur de troubles s’il en est, tient en partie les commandes du Conseil de sécurité. Mais surtout, comme s’alarme Ban Ki-moon, le prédécesseur du secrétaire général actuel, les normes internationales s’érodent, et les Etats (lire par exemple la Chine) ne font même plus semblant de partager des règles communes. Alors que l’image générale se trouble de plus en plus, le cadre lui-même ne tient plus.

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Ce panorama, pourtant, n’est pas celui d’un basculement global, comme on aurait pu le penser. La Russie de Vladimir Poutine, même si cela n’enlève rien à son potentiel de nuisance, apparaît aujourd’hui complètement isolée. Un indice: elle n’a réuni autour d’elle qu’une petite poignée d’Etats pour tenter de s’opposer à une intervention à l’ONU du président ukrainien Volodymyr Zelensky – elle aura lieu par vidéo mercredi.

Une voie étroite

Les voisins de la Russie, autrefois vassaux, lui tournent ostensiblement le dos, la Chine prend ses distances: la voie se rétrécit pour Vladimir Poutine. Dans cette perspective, sa possible annonce d’une annexion de la région ukrainienne du Donbass serait un signe clair d’une nouvelle escalade à venir. Toute attaque de l’Ukraine contre ces zones sera considérée comme une attaque contre la Russie elle-même, et sera donc susceptible de constituer le signal d’une entrée en guerre officielle. Vladimir Poutine, certes, a beaucoup à perdre à élargir ainsi un conflit qui finira certainement par lui brûler les doigts. Mais la planète tout entière a beaucoup à craindre de l’envoi possible au front d’un million de soldats russes dans une guerre que la Russie, de ce fait, ne pourra plus s’autoriser à perdre. Quoi qu’il advienne.

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