Incidences

Comment l’ONU a fini par faire le bon choix

Comment donc un Européen de l’extrême Ouest du continent, bénéficiant de l’appui de la France et du Royaume-Uni, a-t-il été élu Secrétaire général des Nations unies, en dépit des manœuvres de l’Allemagne et de la Commission européenne? Le décryptage de François Nordmann, ancien ambassadeur

La Suisse était guidée par deux critères pour l’élection du Secrétaire général de l’ONU. L’élu devait avoir un fort sens politique et une expérience de l’exercice du pouvoir; il devait de plus avoir fait ses preuves dans le management et la direction d’une grande administration. Le genre et l’origine géographique du candidat étaient secondaires. La procédure de sélection devait être ouverte, transparente et publique.

Les candidats qui correspondaient aux exigences suisses

Quand la liste des candidats a été publiée en avril 2016, seuls deux noms semblaient correspondre aux exigences suisses: Madame Helen Clark, administratrice du Programme des Nations unies pour le Développement et ancien premier ministre de Nouvelle-Zélande, et Monsieur Antonio Guterres, ancien premier ministre du Portugal et ancien Haut Commissaire aux Réfugiés.

Tous deux se révélèrent les plus brillants lors des auditions devant l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité.

Les revendications de l’Europe orientale

Cependant, Helen Clark fut écartée dès les premiers scrutins indicatifs du Conseil de sécurité au début de l’été. La compétition a été marquée par la revendication des pays d’Europe orientale dont aucun citoyen n’a jamais été nommé secrétaire général. De plus, un mouvement né de l’Association pour les Nations unies du Royaume-Uni et relayé par l’Assemblée générale et de nombreux Etats membres plaidait pour l’élection d’une femme à ce poste. De ce fait, la candidature de Madame Irina Bokova, Directrice générale de l’Unesco, ancienne ministre des affaires étrangères de Bulgarie paraissait faire l’affaire. Mais au lieu de se concentrer sur cette championne, qui avait, dit-on, l’aval de la Russie, d’autres pays d’Europe centrale ont avancé le nom de tel ancien président ou ministre des affaires étrangères, de Serbie, Slovénie, Slovaquie, Moldavie, Macédoine, Croatie… La dispersion des candidatures a affaibli la prétention de la région, d’autant plus que les intéressé-e-s ont maintenu leur candidature, tandis que le Conseil de sécurité s’efforçait de les décourager. Des candidates d’Amérique latine qui tentaient de profiter de la situation ont été également recalées.

Le blocage et la proposition allemande

La situation paraissait bloquée: Madame Bokova était loin de convaincre une majorité du Conseil, elle était exposée à un ou deux vetos occidentaux. Monsieur Guterres dominait les scrutins mais c’était un homme… Pour sortir de l’impasse, Madame Merkel, lors du G-20 en Chine au début de septembre, a proposé de changer la donne: une autre Bulgare, Madame Katalyna Georgieva, commissaire européenne au budget, ancienne directrice du Bureau de la Banque mondiale à Moscou ne serait-elle pas un bon compromis? Le président russe s’en offusqua publiquement: on lui suggérait quelqu’un qui n’était même pas candidate officielle! Cependant, à fin septembre le gouvernement bulgare finit par présenter Madame Georgieva, retirant sa confiance à Madame Bokova, qui de son côté préféra rester en lice… Le 4 octobre, Madame Georgieva – soutenue par la Commission européenne – fut auditionnée par le Conseil de sécurité, après quoi le président du Conseil de sécurité, l’ambassadeur Vitaly Chourkine, représentant permanent de la Russie estima qu’il fallait trancher: le Conseil éprouvait une certaine «fatigue électorale» et il était temps qu’il réaffirme son autorité sur le processus. Aucune des candidates ni aucun des ressortissants balkaniques ne suscitaient l’adhésion générale. S’inclinant devant l’évidence, il se mit d’accord avec sa collègue américaine, l’ambassadeur Samantha Power sur le nom de Monsieur Guterres et le Conseil de sécurité suivit le lendemain dans une rare unanimité.

C’est ainsi qu’Antonio Gueterres advint

C’est ainsi qu’un Européen de l’extrême Ouest du continent, bénéficiant de l’appui de la France et du Royaume-Uni a été élu Secrétaire général des Nations unies, en dépit des manœuvres de l’Allemagne et de la Commission européenne, et en raison de ses compétences et de ses états de service. L’Assemblée générale a ratifié ce choix par acclamation le 13 octobre dernier.

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