Chronique

L’ONU et la Syrie

OPINION. En Syrie, bien des questions restent encore sans réponse après les frappes des USA, de la Grande-Bretagne et de la France. Malgré les dénégations de leur gouvernement respectif, ces pays ont agi illégalement sans l’aval de l’ONU, incapable de remplir sa mission en raison de structures paralysantes qu’il s’agirait de réformer, estime notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Trop de questions restent encore sans réponse autour des frappes récentes sur la Syrie. En vrac, pourquoi la coalition formée par les USA, la Grande-Bretagne et la France a-t-elle décidé de réagir avant d’avoir désigné le coupable, et avant que les experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) aient pu poser un pied à Douma? Et pourquoi le régime syrien aurait-il largué une bombe au chlore le 7 avril alors qu’il n’avait aucun intérêt à cela, ayant repris la ville et ainsi réussi à débarrasser le pays de ses poches islamistes? Pourquoi Bachar el-Assad et son allié russe auraient-ils offert un tel prétexte aux Occidentaux qui avaient posé l’usage d’armes chimiques comme une «ligne rouge»? Les soupçonner d’un acte aussi contre-productif, c’est les prendre pour des idiots et nous avec eux.

Quel rôle pour l’ONU?

On sait qu’après l’attaque d’août 2013 dans la Ghouta orientale, la Russie avait convaincu la Syrie de remettre ses armes chimiques à l’OIAC. En janvier 2016, le porte-parole de l’organisation, Malik Ellahi, affirmait: «L’arsenal a été détruit à 100%.» En outre, l’équipe de 27 inspecteurs déclarait «avoir vu détruits tous les équipements essentiels de production, assemblage, remplissage déclarés», en se félicitant de la bonne coopération des autorités syriennes. Pourtant, la coalition vient de bombarder trois cibles distinctes, soit un centre de stockage d’armes chimiques, un centre de recherche scientifique développant de tels produits et une installation liée à leur fabrication. S’agissait-il de sites désaffectés, ou avaient-ils échappé à la vigilance de l’OIAC ou été remis en activité depuis sans que les satellites les surveillant ne les aient vus? On s’interroge, car le fait qu’il y ait eu zéro victime malgré le nombre de missiles expédiés sème le doute.

Mais la principale question qui se pose concerne l’ONU. Cette organisation, forte de ses 41 000 collaborateurs pour un budget de 7,9 milliards de dollars, et dont la Suisse fait partie depuis 2002, a pour but essentiel d’assurer la paix mondiale. Elle regroupe 193 Etats mais dix assurent à eux seuls les deux tiers de son financement (USA 22%, Japon 10%, Chine 8%, Allemagne 6,4%, France 5%, Royaume-Uni 4,5%, Brésil 3,8%, Russie 3,1%, Canada 3%, Australie 2,3%). Son organe exécutif, le Conseil de sécurité, ne compte que 15 membres et reste la seule instance habilitée à autoriser une intervention militaire. Pourtant, les frappes sur la Syrie se sont faites sans son aval, comme ce fut le cas au Kosovo en 1999, en Irak en 2003 ou en Libye en 2011.

Il faut dire que ses cinq membres permanents qui disposent du droit de veto ne se privent pas de l’utiliser selon leurs convictions ou leurs intérêts: les USA concernant Israël et la Palestine, la France concernant l’Irak, la Grande-Bretagne concernant la Rhodésie, la Russie concernant la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, l’Ukraine et la Syrie, la Chine concernant la Mongolie, la Birmanie et la Syrie. Dès lors, faute d’un mandat légal, certains membres décidés à en découdre s’emparent du prétexte humanitaire, forcément subjectif: ce fut le cas pour le Kosovo, pour l’Irak, pour la Libye… mais pas pour le Rwanda en 1994 qui reste l’échec le plus dramatique de l’ONU. Pensez, 800 000 morts au vu et au su de tous, et dans des conditions atroces, alors qu’elle est chargée de faire respecter la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide!

Appel au calme

Aujourd’hui, face à l’impuissance de l’ONU dont il est le secrétaire général, Antonio Guterres invite le Conseil de sécurité «à s’entendre sur un mécanisme spécialisé, impartial, objectif et indépendant pour attribuer la responsabilité de l’emploi des armes chimiques» et «à éviter tous les actes qui pourraient entraîner une escalade de la situation et aggraver les souffrances du peuple syrien». Dans ce même contexte, il est heureux que deux de nos conseillers fédéraux, Ignazio Cassis et Guy Parmelin, se soient également exprimés pour appeler au calme et à la modération.

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