Dans le dossier de la santé, on ne peut même plus dire que Ruth Dreifuss soit sous tutelle du gouvernement. Sans attendre son départ pourtant imminent, le Conseil fédéral l'en a de facto dépossédée mercredi, achevant d'aligner sa position sur celle de la majorité bourgeoise du parlement dans les deux chantiers majeurs qui s'ouvrent en matière de maîtrise des coûts.

L'objectif du gouvernement est désormais clairement affiché: au moratoire de trois ans qui vient d'être décrété sur l'ouverture de nouveaux cabinets médicaux doit succéder un régime dans lequel les caisses maladie pourront choisir relativement librement avec quels prestataires de soins elles entendent travailler. Dans le domaine hospitalier, le financement direct des hôpitaux par les cantons doit cesser à moyen terme.

En se montrant de surcroît infiniment moins disposé que le Conseil des Etats – qui n'est pourtant pas connu pour son progressisme – à rendre le financement du système plus social, le Conseil fédéral donne l'impression d'avoir cherché à humilier Ruth Dreifuss. Une impression que conforte encore le sort difficilement compréhensible qu'il a réservé mercredi au projet de créer un pool des hauts risques. Alors qu'il y a trois mois encore, il y avait apporté son soutien de principe, il n'a pas même accepté d'entrer en matière mercredi.

Dans le domaine de la santé, le Conseil fédéral agit désormais comme si Ruth Dreifuss était déjà partie. Comme si le Département de l'intérieur avait déjà passé en mains bourgeoises. D'ici son départ, le rôle de la conseillère fédérale se limitera à deux tâches particulièrement ingrates: défendre dès la semaine prochaine au parlement une ligne qui la révulse et annoncer le 4 octobre une nouvelle hausse massive des primes pour l'an prochain.

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