Dans une scène culte d’Hôtel du Nord, Louis Jouvet, modeste truand aux grands airs, essaie de faire comprendre à sa compagne qu’il doit «changer d’atmosphère…». Pas dupe dans son rôle de prostituée au grand cœur, Arletty réplique: «C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère […] atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère!» Dieu que sa gouaille et sa clairvoyance manquent dans le débat climatique.

L’atmosphère change en effet, c’est observé et documenté de longue date. Depuis quelque temps, la question se pose de savoir si les émissions de CO2 d’origine humaine conduisent à un réchauffement de l’atmosphère. Il en irait de la survie de l’humanité. Aussi, une institution a-t-elle été créée pour rendre un arbitrage scientifique sur cette question: le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC). Selon son dernier rapport, l’affaire est entendue. On court à la catastrophe si l’humanité ne réduit pas drastiquement ses émissions de CO2. Ce diagnostic est un consensus. En d’autres termes, il n’a jamais fait l’unanimité de la communauté scientifique. D’éminents spécialistes s’en sont distanciés, comme R. Lindzen du MIT. Ce n’est pas choquant en soi. Puisqu’il s’agit de gérer des risques majeurs, il faut bien parier. Mais il est aussi sain de revenir sur son pari lorsque les sciences invitent à le faire. C’est ce que suggère fortement une récente publication*. Elle ne relate pas une de ces querelles d’experts autour de simulations ou mesures aussi problématiques les unes que les autres. Elle ne repose pas non plus sur une percée majeure dans les sciences de l’atmosphère. Cette publication relate l’enquête de deux physiciens théoriciens qui se sont demandé quels mécanismes de base expliquent l’effet des émissions de CO2 sur le réchauffement climatique. Il en ressort que les théories passées et présentes qui expliquent le réchauffement climatique à partir des émissions anthropiques de CO2 sortent du champ de la physique et qu’il n’y a aucune raison de leur donner un rôle particulier dans l’effet de serre atmosphérique…

Passé un moment de surprise, force est d’admettre que c’est une excellente nouvelle pour le citoyen lambda. Le voilà soulagé d’une grande peur à transmettre à ses enfants. Mais cette reconnaissance va-t-elle se propager et influencer des bons choix de société? Une saine gestion des risques l’exigerait.

L’économie mondiale dépend des ressources fossiles et leur consommation produit la plus grande part des émissions de CO2, 60 à 80% selon les estimations. Devoir réduire les émissions de CO2, c’est donc devoir agir sur la production et sur la consommation de ressources fossiles. Ce couplage étant établi, rappelons le contexte global dans lequel s’inscrit la lutte contre les émissions de CO2. Depuis le XIXe siècle, l’économie mondiale doit son dynamisme à une abondance d’énergies primaires fossiles. Relevons par exemple que la logistique mondiale, flux d’hommes et de marchandises, dépend à plus de 95% du pétrole. Or, depuis les années 1980, l’économie en consomme nettement plus que les géologues n’en découvrent. Ces tendances ne montrent pas d’infléchissement majeur, une logique de crise énergétique est donc en marche, sinon déjà là. Initialement sceptiques, des institutions économiques de poids commencent en effet à admettre que le choc pétrolier actuel peut annoncer la fin de l’abondance pétrolière. L’heure est donc très certainement à un usage plus avisé des ressources fossiles restantes. Tout gestionnaire expliquerait que cela commence par une estimation réaliste des réserves. Or, aucun scénario de consommation retenu par le GIEC n’intègre ces considérations, tant s’en faut d’ailleurs. Basé sur des extrapolations de croissance économique, le scénario le plus modéré dépasse de plusieurs ordres de grandeur les estimations de spécialistes de terrain. Les forces du marché ont des pouvoirs étranges. Mais s’en étonner, c’est comme douter de la malfaisance du CO2, ça relève de l’hérésie, si bien que le citoyen lambda doit se convaincre que le salut de l’humanité passe par la mise en œuvre d’une gouvernance complexe fondée sur des hypothèses d’abondance irréalistes pour lutter contre une pollution fictive.

L’air du temps est un escroc et c’est regrettable, car se libérer des énergies fossiles, imaginer une vraie écologie industrielle sont des défis de société majeurs et bien réels. Certes, ils figurent dans les plans de sauvetage de l’atmosphère, mais on y trouve aussi des idées qui laissent perplexe. Séquestrer les émissions de CO2, s’il s’agit de lancer une croissance verte, c’est prendre le risque de pénaliser inutilement l’entier du système énergétique fossile, déjà proche de son déclin. Qu’on l’aime ou non, il est au cœur du dynamisme économique mondial et c’est à partir de ses limites que devra se construire tout scénario de transition énergétique. Atmosphère, atmosphère… il serait temps de revenir sur Terre.

* «Falsification of the atmospheric CO2 Greenhouse effects, within the frame of physics», G. Gerlich, R. D. Tscheuschner, International Journal of Modern Physics B, vol. 23, No. 3 (2009).

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