Ann Kato

Lorsque Barbara devient Ben, la vie est plus facile

Sheryl Sandberg explore dans son livre «Lean In» (en français «Allez de l’avant» ou «Bougeons») les obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans le milieu de l’entreprise. Notre chroniqueuse décrit les obstacles spécifiquement perçus par les femmes du milieu académique et scientifique

La discrimination contre les femmes prend de nombreuses formes, telles que décrites par Sheryl Sandberg dans son récent livre Lean In. Une étude a montré que lorsque les élèves étaient invités à évaluer le même rapport sur le succès d’une personne dans le monde de l’entreprise, les résultats étaient très différents si le nom de la personne était un homme ou une femme. Les étudiants ont évalué l’homme comme sympathique alors que la femme semblait égoïste et comme une personne «qu’on n’aimerait pas avoir comme collègue ou qu’on ne recruterait pas». En d’autres termes, le sexe joue un rôle majeur dans la façon dont le travail et le succès sont perçus.

Etonnamment, ce type de discrimination se produit également dans le monde académique et scientifique. Une étude réalisée en Suède a constaté que les femmes devaient être 2,5 fois plus productives que les hommes pour être reconnues comme compétentes dans leur travail de recherche (Wenneras & Wold, Nature, 387,1997, 341). Ces exigences ont des effets désastreux sur la carrière des femmes, car elles ont des difficultés extrêmes pour trouver le financement de leurs recherches. Ces préjugés sexistes influencent les possibilités pour les femmes académiques d’obtenir des promotions ou même le financement de leur Faculté dans un environnement académique.

Une personne a été en mesure de comparer la vie universitaire en tant que chercheur en neurosciences à la fois comme femme et comme homme. Ben Barres a commencé sa carrière universitaire en tant que femme (Barbara), puis elle a changé de sexe pour devenir un homme. Il a constaté qu’il y avait une transformation totale dans la façon dont il était perçu par ses collègues scientifiques masculins. Peu de temps après son changement de sexe, un membre du corps professoral de Harvard a expliqué que «Ben Barres avait présenté un excellent séminaire aujourd’hui, son travail était beaucoup mieux que celui de sa sœur». Ben et sa sœur étaient bien sûr la même personne. Il a également noté que les gens le traitent avec plus de respect en tant que mâle. En fait, il peut même «compléter une phrase entière sans être interrompu par un homme».

Ben Barres a écrit son histoire en 2006 dans la prestigieuse revue Nature (442, 113). Son but était de révéler les différences qu’il observait étant à la fois un chercheur féminin et masculin. Il a proposé plusieurs solutions pour que la situation change. En priorité, le leadership féminin doit être renforcé dans les institutions universitaires et scientifiques et, deuxièmement, l’importance de «role models» féminins doit aussi être renforcé. Troisièmement, les membres du corps professoral femmes ont besoin de l’aide de leurs institutions pour concilier carrière et responsabilités familiales. Enfin, il devrait y avoir davantage de discussions sur la discrimination dans les processus de sélection des subventions, d’embauche et de promotion. Toutefois, ce qui est surtout surprenant à propos de ce problème est qu’il y a aussi peu de femmes que d’hommes qui sont prêts à admettre qu’il existe une discrimination dans le milieu universitaire.

Prof. Ann Kato, professeure honoraire du Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’Université de Genève

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