«Ne pas devenir cobelligérants»: cette phrase, répétée plusieurs fois en français par le président Macron à l’issue du sommet extraordinaire de l’OTAN jeudi à Bruxelles, démontre que l’Alliance a déjà intégré un sinistre scénario: la perspective d’une longue guerre à ses frontières, dont personne aujourd’hui ne peut dire quand elle débouchera sur une négociation sérieuse.

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Cette posture défensive a le mérite de ne pas offrir de prise aux harangues ultranationalistes et belliqueuses de Vladimir Poutine. Elle est aussi conforme à la mise en œuvre des quatre paquets successifs de sanctions économiques et financières, dont l’impact se fera sentir dans la durée. Mais elle témoigne surtout d’un pragmatisme dont les Ukrainiens sont aujourd’hui condamnés à payer le prix fort. Car si les livraisons d’armes occidentales peuvent leur permettre de tenir et de contrer l’offensive russe, personne n’est dupe: plus il s’installe dans la durée, plus ce conflit sera dévastateur, condamnant la population de l’Ukraine à assister à une destruction lente, mais certaine, de tout ce qui permettait à ce pays d’espérer un avenir meilleur: ses infrastructures, ses villes ouvertes sur le monde, ses ressources céréalières, sa jeunesse éprise de libertés.

Il faudra des nerfs solides

Cette guerre longue, si elle se confirme, nécessitera, face au sacrifice des Ukrainiens, des nerfs solides face à la légitime colère des opinions publiques occidentales. Mais elle posera surtout aux alliés, affairés aujourd’hui à consolider leur défense, la redoutable question de leur crédibilité déjà mise à rude épreuve lors de la désintégration passée de l’ex-Yougoslavie. Peut-on, face à un dictateur aussi résolu et isolé que Vladimir Poutine, éviter ainsi une escalade à laquelle il réfléchit sans doute déjà, recopiant les exactions commises en Syrie pour défendre le régime honni de Bachar el-Assad? Peut-on, sans offrir d’autres garanties aux Ukrainiens qu’un approvisionnement en missiles antichars et antiaériens, espérer que ceux-ci résisteront et épuiseront l’agresseur russe?

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L’histoire a malheureusement montré que les pouvoirs autoritaires, une fois le dos au mur, préfèrent souvent la guerre et l’apocalypse. Elle nous enseigne aussi que, si les «lignes rouges» ne doivent pas constituer un argument brandi n’importe quand et n’importe comment, seule la détermination farouche à riposter en cas d’utilisation d’armes de destruction massive contre les populations peut faire hésiter un tyran. L’OTAN, alliance de démocraties aujourd’hui considérées comme «ennemies» par le Kremlin, est dans son rôle en refusant l’engrenage. Mais elle doit impérativement s’y préparer. Pour être, demain, capable d’y répondre.

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