Depuis lundi, les Etats-Unis ne sont plus qu'un gros village accolé à l'Université Virginia Tech. Minute par minute, les Américains ont pu partager sur des dizaines de chaînes de télévision la frayeur et la peine qui ont suivi, en Virginie, la tragédie de ce campus où ont été abattus plus de 30 étudiants. C'est une frayeur indicible, que ne résume aucune image ni aucun témoignage. Celle que provoque un loup lâché dans une bergerie. Celle qui voit placée, soudain, l'innocence devant la folie meurtrière.

Pourtant, à l'ampleur du drame s'ajoute aussi une circonstance qui rend cette tuerie plus effrayante encore: c'est le fait que, aux Etats-Unis, ces images sont presque devenues familières. Le lycée de Columbine, bien sûr, il y a tout juste huit ans. Mais aussi, depuis lors, une longue liste d'événements similaires qui ont frappé aux quatre coins du pays, de la communauté des Amish en Pennsylvanie à une réserve d'Indiens dans le Minnesota. Les experts ont beau affirmer que ces actes continuent d'être des cas isolés et que la violence a plutôt tendance à décroître dans les écoles, le malaise est là: dans un sondage récent, 6% des étudiants américains affirmaient qu'ils avaient emporté une arme avec eux à l'école au cours du seul mois précédent.

L'importance du lobby de l'armement, évidemment, devant laquelle de nombreux responsables politiques se sont agenouillés. L'importance, aussi, du culte de la liberté, qui se confond dans l'histoire des Etats-Unis avec la liberté de porter son colt à la ceinture, comme on ne cesse de le rappeler après chaque événement du même type. Le poids, enfin, d'une culture télévisuelle extrêmement violente, dans laquelle les enfants voient dès l'âge du biberon se régler les différends à coups d'armes à feu. Autant de facteurs qui s'alimentent l'un l'autre dans une infernale sarabande identitaire.

Devant cette tragédie «monumentale», comme l'a qualifiée le président de Virginia Tech, les Etats-Unis se verront sans doute obligés d'agir. Mais le chemin risque d'être long. Il ne faut pas aller très loin pour constater combien l'imagerie de la puissance et de l'invincibilité liée aux armes à feu imprègne les esprits. Après tout, à leur retour du front, les soldats américains, eux, laissent leur fusil dans les casernes.

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