Les «Xinjiang Police Files» publiés cette semaine par plusieurs médias internationaux confirment les pires craintes. Les camps érigés dans la province du Xinjiang ne sont pas des centres de «formation professionnelle», comme le prétend Pékin. Ce sont des camps de «rééducation» des Ouïgours et d’autres minorités musulmanes. Depuis 2018, les rapports d’ONG et de chercheurs tirent la sonnette d’alarme. La police chinoise a mis en place un régime répressif de surveillance et d’internement visant à éradiquer les traditions culturelles et religieuses ouïgoures et à homogénéiser la société chinoise selon la doxa du Parti communiste.

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Face à ce que les ONG décrivent comme de possibles crimes contre l’humanité, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a fait preuve jusqu’à maintenant d’un mutisme incompréhensible, et cela depuis son arrivée au Palais Wilson en 2018. Aucune mention du Xinjiang dans ses communiqués, ni du Tibet. Pour Michelle Bachelet, parler publiquement des violations des droits humains en Chine apparaît comme un tabou, à moins que ce ne soit sa façon de pratiquer une diplomatie secrète.

Lourde responsabilité

En achevant sa visite en Chine, la Chilienne a une très lourde responsabilité. Lors de sa conférence de presse de ce samedi, elle aura deux choix: soit satisfaire Pékin en ne parlant que d’harmonie et de coopération mutuellement bénéfique, soit dénoncer les graves violations des droits fondamentaux des Ouïgours, des Tibétains voire des Hongkongais.

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L’enjeu est majeur. Il y va de la crédibilité du haut-commissariat et de sa capacité à résister aux assauts des Etats grands abuseurs des droits humains. Michelle Bachelet, qui a retenu la publication d’un rapport, élaboré par son équipe et prêt depuis longtemps, sur la situation dans le Xinjiang, s’est piégée elle-même en éludant le caractère explosif du document et de la visite. Un comble pour une habile politicienne comme elle. Si sa visite en Chine – dont les conditions sont restées secrètes – se conclut par un fiasco et que ledit rapport ne devait jamais être publié, les dégâts occasionnés seraient considérables, peut-être irréparables. Comment à l’avenir exiger l’accès aux victimes de graves violations des droits fondamentaux? Quelle confiance auraient encore les abusés dans le système onusien?

La bataille de Michelle Bachelet, dont on ne sait si elle convoitera un second mandat, n’est pas seulement celle d’une ex-présidente du Chili qui a su bien gérer son pays dans l’ère post-Pinochet, mais qui n’a pas l’expertise du droit international de ses prédécesseurs. C’est aussi celle de l’ONU, dont les droits humains sont l’un des trois piliers. Si la haut-commissaire n’a pas le courage de «dire» à Pékin ses quatre vérités, la Chine autoritaire aura gagné une bataille peut-être décisive. Au grand dam de l’universalité des droits fondamentaux, des démocraties et de la pertinence des Nations unies.