Un nouveau droit du bail semble se dessiner après moult valses-hésitations. En effet, cette fois une conjoncture de circonstances est favorable aux deux parties en présence, locataires et propriétaires. La commission du Conseil national vient de se prononcer pour des augmentations des loyers suivant l’indice des prix, un point c’est tout. C’était l’arrangement entre locataires et propriétaires d’il y a quelques mois et que la conseillère fédérale Doris Leuthard avait balayé en soustrayant la partie loyers et énergie de cet indice.

On est donc revenu, au niveau du parlement, à la case départ, et le moment est plus favorable que jamais. Car les propriétaires peuvent ainsi faire abroger le droit actuel, qui date de quarante ans, et qui mêle des éléments de l’évolution des coûts avec des éléments de comparaison selon le marché des loyers pour déterminer la légitimité des augmentations. C’est peu clair, cela prête à l’arbitraire et fait pencher les jugements selon la couleur politique des tribunaux de bail.

Les locataires, pour leur part, ont tout intérêt à troquer le droit ancien contre cette réforme à ce moment précis. Car les taux hypothécaires sont tellement bas qu’ils ne peuvent que prendre l’ascenseur, un jour ou l’autre. Dans pareils cas, les propriétaires ne se sont pas fait prier, dans le passé, et ont présenté des augmentations de loyer. Ils y sont encouragés par une ordonnance vieille aussi de quarante ans et qui fixe dans le détail ce droit à l’augmentation. Si l’on change de système, cette valse des augmentations s’arrête.

Le pays tout entier y gagnera aussi. Car si, un jour, l’inflation devait monter, la Banque nationale augmenterait les taux d’intérêt, et les taux hypothécaires augmenteraient donc aussi. Mais avec la répercussion facile et autorisée sur les loyers, l’inflation prenait toujours un tour d’avance, dans le passé, simplement de par la lutte de la Banque nationale contre l’inflation. Une perversion.

La menace de référendum par l’Asloca romande pêche par une terrifiante courte vue. Si la réforme était refusée, les taux hypothécaires feraient bientôt monter les loyers à un niveau durablement plus élevé sur la base duquel toute réforme ultérieure repartirait. Les locataires seraient punis pour autant et pour toujours. Mais avec le nouveau régime, les propriétaires devraient voir eux-mêmes comment ils digéreraient une hausse hypothécaire, sans aucune garantie de pouvoir augmenter. Ils sont néanmoins d’accord parce que la limpidité de la nouvelle règle leur permet de mieux gérer tout le reste des coûts. L’accord historique entre les associations de locataires et de propriétaires est vraiment du type donnant donnant. On en a rarement vu de pareils en Suisse.

Ma critique, samedi passé, de la fameuse étude sur les «secondos» de la commune d’Emmen, menée sur la base de 34 interviews dits qualitatifs, après l’abandon pur et simple de 16 autres jeunes interviewés, m’a valu de notables réactions. Un professeur de sociologie, le Fonds national de la recherche scientifique et l’Académie des sciences humaines et sociales ont tous insinué que je ne comprenais rien à la méthode. Ils ne savaient pas qu’ici j’avais plusieurs fois dénoncé le caractère peu scientifique, à mon avis, de ces menus interviews, desquels on tirait des conclusions trop larges. Il semble être interdit, en Suisse, de connaître une méthode mais de ne pas l’approuver.

Je vais donc récidiver et montrer du doigt des études «qualitatives» peu recommandables. Mais comme c’est mon avant-dernière chronique jusqu’à la rentrée, l’été enfin arrivé me pousse vers une attitude œcuménique. En effet, les études quantitatives ne sont pas exemptes de pièges non plus. Si vous cherchez une lecture estivale ambitieuse, prenez le livre de Sylviane Gasquet-More, Plus vite que son nombre (Ed. Seuil). Elle vous montre comment on peut faire dire n’importe quoi aux statistiques.

Mais si vous anticipez déjà les qualités peu sûres de certaines études qualitatives ou quantitatives, vous pouvez vous dispenser de ce détour d’études et passer directement à la littérature romanesque. Car c’est l’été.

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