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Pour l'UBS, tout reste à faire. Par Thierry Meyer

Par Thierry Meyer

Les réputations se font dans la durée, elles se défont dans l'instant. Les dégâts causés à l'image de l'UBS, deuxième plus grande banque du monde, par les pertes dues au fonds spéculatif LTCM, ne se sont pas effacés d'un coup vendredi matin, à l'annonce de la démission de son président, Mathis Cabiallavetta. L'établissement bancaire suisse est aujourd'hui au pied du mur. Il ne peut guère tomber plus bas. Il lui reste tout à faire pour redorer son blason.

Il serait ridicule de croire que le milliard perdu dans le casino imaginé par quelques esprits fertiles a sérieusement entamé la solidité de la grande banque. Mais la bruyante et récente création de la nouvelle UBS était motivée par des visions de perfection bancaire, dans un monde de plus en plus pointu et compétitif, qui ne tolère pas les manquements constatés dans la gestion de la banque. Il ne s'agit pas ici de savoir si les petits épargnants doivent courir au guichet retirer leur argent sous peine de le voir se volatiliser. Le problème est de savoir si l'UBS peut rebâtir une capacité à exceller dans tous les domaines bancaires, du produit dérivé le plus sophistiqué au crédit commercial basique, comme le proclament ses campagnes de marketing, comme l'exige son existence même. Suite en page 2

Or pour l'heure, face à cet objectif de perfection bancaire, l'UBS a échoué. Dans l'affaire des fonds en déshérence, elle est demeurée dans l'ombre de son rival le Credit Suisse Group. Sur le plan international, elle a accumulé les embarras, jusqu'à cette perte d'un milliard qui révèle son dysfonctionnement interne. Dans la technique bancaire, elle semble tergiverser, tiraillée par les dissensions qui divisent ses employés et – surtout – ses cadres. Dans le service à la clientèle de base, elle multiplie les maladresses. Où est alors la justification de sa pertinence? La banque doit désormais convaincre par les actes. S'il représente aussi une chance, le défi est difficile. Douloureux, même, pour le personnel de la banque, dont les compétences sont globalement mises en doute.

Il faut espérer pour le futur de la banque que les rivalités entre la Société de Banque Suisse et l'Union de Banques Suisses s'estompent rapidement. L'Union de Banques Suisses, puis les hommes qui en sont l'émanation, porte depuis l'annonce de la fusion le fardeau des affaires sur ses épaules d'éléphant. Aujourd'hui, après le départ peu glorieux de Mathis Cabiallavetta, le «clan SBS» semble définitivement au pouvoir. Chapitre clos.

Une autre page s'ouvre, qui doit voir une personnalité charismatique prendre les rênes de la banque, et symboliser aux yeux de ses employés comme de ses clients son renouveau. Moins de suffisance, moins d'esbroufe, plus de travail, plus de réflexion. Des mots simples, souvent difficiles à appliquer.

Il faudra bien plus qu'un fusible, fût-il du plus gros calibre, pour restaurer une confiance notée «AAA» en l'UBS. Car la défiance ne vient pas uniquement du petit client, prompt à se sentir incompris ou délaissé. Le choc a secoué les investisseurs, les courtiers, les traders, tout le monde de la finance. Un monde où les facteurs psychologiques jouent autant que les données fondamentales. La nervosité extrême des marchés est là pour le rappeler.

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