Votations

L’UDC giflée sur le terrain de l’identité nationale 

Dimanche, la population a désavoué l'UDC en plébiscitant la naturalisation facilitée. Preuve que l'épouvantail de la femme à la burqa noire, vu et revu, ne fait plus peur 

Dimanche, l’UDC a été battue sur son terrain de prédilection: l’identité nationale. Sur les réseaux sociaux, on se félicite de ce camouflet infligé avec un «oui» net et clair en faveur de la naturalisation facilitée. Pour une fois, la stratégie de campagne agressive du parti n'a pas fait mouche. L’outrance, la violence des affiches et la «propagande de la peur» n’ont pas convaincu la population qui a tenu à faire un geste envers les jeunes étrangers de troisième génération. Fer de lance de cette quatrième tentative, la socialiste vaudoise Ada Marra arrache une victoire inespérée et, du même coup, la reconnaissance des internautes.

«Tiens, il semblerait que les campagnes fallacieuses de l’UDC fonctionnent moins bien avec le temps?» se réjouit @shamegasm sur Twitter. En recyclant la figure de la femme au niqab, la formation de droite, partie seule contre tous, pensait activer les mêmes réflexes de protection au sein de la population. Ceux-là mêmes qui avaient permis à l’initiative anti-minarets ou encore à celle contre l’immigration de masse de passer la rampe. Cela n’a pas marché. Expression d’une lassitude, d’une prise de conscience ou du simple bon sens peut-être, l’échec de l’UDC dimanche pointe les limites des méthodes qui misent sur l’émotionnel et le rejet de l’autre, à défaut d’arguments.

Une «campagne scandaleuse»

A Genève, où le «oui» atteint 74%, le maire Guillaume Barazzone a fermement dénoncé une «campagne scandaleuse»: «L’UDC a vraiment dépassé les bornes en tentant de faire peur à la population». «À force de prendre les Suisses pour des imbéciles…» le vent a fini par tourner, lâche l’ancien journaliste de la RTS, Raphaël Aubert, saluant au passage la «déculottée» de l’UDC. «Espérons maintenant que l’UDC va enfin arrêter d’utiliser des burqas complètement hors sujet sur ses affiches de campagne!» clame @Tinaburger.

Pour bon nombre d’internautes, la victoire dans les urnes est un véritable pied de nez à l’UDC. «Des gens nés en Suisse, qui travaillent en Suisse et paient leurs impôts en Suisse vont devenir suisses. Inacceptable!» ironise le très cynique @UnionDesCons, arborant un mouton vindicatif sur sa photo de profil. Il en profite pour féliciter «Appenzell Rhodes-Intérieures, qui compte énormément d’étrangers, d’avoir refusé la naturalisation facilitée».

«Cry baby, cry», lance quant à elle @christiamarques «à la militante UDC qui dit clairement que des musulmans qui prennent la nationalité suisse, c’est un problème». Hyperactif, le compte @1291Grutli alias «valeurs suisses» s’insurge seul dans son coin: «Ada Marra a ouvert la porte pour que dans 10 ans des milliers d’Erythréens deviennent Suisses».

Une victoire inespérée 

Meneuse du projet, la conseillère nationale socialiste n’a pas caché son émotion à l’annonce des résultats. Celle que beaucoup jugeaient naïve et peu crédible est aujourd'hui encensée. «J'ai passé la première heure des estimations à pleurer comme une madeleine, confie-t-elle sur Facebook. Encore et encore. De soulagement, de joie, de reconnaissance…» Comme un miracle, ce vote surprise consacre sa «foi en l’intégration». Elle-même n'y croyait pas. La majorité des cantons, en particulier, semblait inatteignable. Et pourtant. «Toute la Suisse doit un petit quelque chose à @ada_marra aujourd’hui. Chapeau bas», salue @JosueLovey. «@ada_marra vous nous offrez un dimanche sans gueule de bois; un sentiment précieux et ma foi bien rare», ‏ajoute @SchulerJimmy.

Telle une sainte, Ada Marra a porté l’espoir d’une Suisse ouverte, solidaire et multiculturelle dans un contexte politique qui penche plutôt pour le repli sur soi. Après quatre tentatives infructueuses, ses vœux pieux ont fini par être entendus. On ne peut que s’en réjouir. Alléluia! 

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Ada Marra, la foi dans l’intégration

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