On a beau être accoutumé aux outrances verbales de l’UDC depuis la blochérisation du parti, il y a un quart de siècle, quand un conseiller national (Adrian Amstutz) déclare en assemblée des délégués, réunie samedi à Orbe, que «le pouvoir bruxellois me rappelle l’Allemagne nazie», il y a de quoi être estomaqué. Quand le président de ce même parti, Albert Rösti, fait le parallèle entre le refus actuel de Berne de signer un accord-cadre négocié par ses émissaires avec la Commission européenne à «la résistance et le non-alignement» du général Guisan durant la Deuxième Guerre mondiale, on est atterré. Atterré par la manipulation politique et le mensonge historique. Comment peut-on comparer la construction de l’Union européenne à la dictature du IIIe Reich? Comment peut-on ignorer à ce point les conclusions du rapport Bergier? Si elle était prête à résister, la Suisse s’est surtout accommodée à la domination nazie de l’Europe.

Cette filouterie n’est pas nouvelle, les Blocher, Köppel et Freysinger ayant déjà usé jusqu’à la corde ce parallèle fantaisiste. Mais quand notre président, Ueli Maurer, et notre conseiller fédéral chargé de l’Economie, Guy Parmelin, applaudissent en chœur à ces paroles, il faut bien en prendre acte: le pouvoir suisse délire. Mais n’en dites rien. Les discours de haine des partis politiques et d’une bonne partie de la presse à l’égard de l’Europe et ses soi-disant diktats deviennent plus que malsains. Est-ce l’effet Trump? du Brexit? L’Europe va mal. Notre relation avec l’Europe va mal. Ce n’est pas en diabolisant nos voisins qu’on se portera mieux. Mais en commençant par arrêter de nous mentir à nous-même.

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