On a la très nette impression, à entendre ses ténors se déchaîner contre la libre circulation des personnes, que l'UDC se trouve d'une certaine façon piégée sur la voie bilatérale, une voie qu'elle a pourtant à l'origine choisie et imposée à ses partenaires, en très imparfaite connaissance de cause, il est vrai.

Au fil des ans, les euroturbos désillusionnés et résignés et les eurosceptiques cyniques ont fini par se rejoindre et se confondre dans une même tribu d'europragmatiques, qui prend comme il se présente le chemin étroit, cahoteux et malaisé des relations avec l'Union. Un chemin pas très glorieux en matière de souveraineté, puisqu'il oblige à un alignement silencieux et inavoué sur l'acquis européen, qui demande énormément d'efforts, qui engendre retards et frustrations mais qui offre l'essentiel sur le plan économique tout en épargnant également l'essentiel en matière d'indépendance et d'exercice de la démocratie directe.

Ayant renoncé à faire l'histoire en leur compagnie, la Suisse se consacre à assurer au mieux ses intérêts matériels dans ses relations avec les autres Etats du continent, dans une vie commune un peu chaotique, parfois conflictuelle, où elle doit régulièrement non seulement renouveler, mais encore resserrer, ses engagements.

Le processus est frustrant parce qu'il manque de grandeur, d'idéalisme et d'émotion, et éprouvant parce que rien n'est jamais vraiment acquis. Très lentement et presque sûrement, par l'effet de la gravité plutôt que par celui de la volonté, se réalise une sorte d'ersatz rampant, de demi-adhésion à froid, à laquelle nous avons fini par nous accoutumer faute d'autres perspectives. A la longue, cette situation semble devenir beaucoup plus difficilement supportable pour la droite nationaliste et isolationniste que pour les milieux diversement acquis à l'ouverture.

La voie bilatérale s'avère abrasive sous les pieds de l'UDC, elle va définitivement dans le mauvais sens, mais on ne peut en sortir sans plonger dans le néant. C'est probablement une explication à sa hargne, ainsi qu'à des comportements aberrants comme celui qui l'entraîne à envisager de mendier auprès de Bruxelles une reconnaissance de notre souveraineté fiscale, qui ne saurait ni se discuter ni se négocier.

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