Pour la troisième fois en l'espace d'une année et demie, le peuple suisse vient de donner raison au Conseil fédéral dans sa poursuite de la voie bilatérale avec l'UE. Si la marge reste relativement étroite, la constance dans l'approbation des objets de politique européenne traduit une forme d'obstination à ne pas dévier de la ligne, quelles que puissent être les sollicitations de la droite nationaliste et isolationniste. Même si elle démontre que la majorité du peuple suisse sait bien voir où sont ses intérêts, cette constance n'est, pour le scrutin de ce week-end, pas dépourvue de mérite. Il serait utile que nos partenaires européens en prennent conscience. A commencer par la Commission européenne, dont on sait qu'elle a dans ses cartons les plans d'une prochaine offensive contre la fiscalité cantonale.

Sur le fond, les deux parties sont condamnées à s'affronter durement et longuement sur la question, quel que soit par ailleurs le climat de leurs relations mutuelles. Certains aspects de la fiscalité font partie des problèmes propres à l'UE que celle-ci ne peut résoudre sans y associer la Suisse. La souveraineté fiscale des cantons fait de l'autre côté partie des principes fondamentaux sur lesquels la Suisse ne peut pas transiger. Restent la forme et la manière.

Un argument majeur de la campagne a été la nécessité de se ménager la bienveillance des anciens et des nouveaux Etats membres pour la poursuite de la voie bilatérale. Si la Commission européenne devait démentir cette justification et remettre la fiscalité des cantons sur le tapis dans les semaines à venir, elle courrait le risque de rendre ridicules le Conseil fédéral et ceux qui l'on soutenu. On n'échappera certes pas à une confrontation sur cette question, mais Bruxelles serait bienvenu d'observer une sorte de délai de décence avant de rouvrir les hostilités. Ce n'est pas une affaire de courtoisie mais d'intérêt bien compris. La Commission européenne a tout à gagner à conforter la crédibilité du Conseil fédéral face à son opinion publique.

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